‹ Théatre [sic]: Paul Jone, L'alchimisteChapitre 113 sur 178 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

Avait déjà compris que sa mère emportait Le bonheur avec elle, et, dans sa peine amère, Sans cesse en bégayant redemandait sa mère , Sa mère, qu'à cette heure il se rappelle encor Comme un ange entrevu dans un nuage d'or! Il suivait donc déjà la douloureuse voie, Lorsqu'un jour, s'abattant comme un oiseau de proie, L'oncle arriva soudain, et sans être attendu. Terres, meubles, maison, tout fût bientôt vendu... Puis le vautour reprit sa course vers son aire, Emportant la fortune et l'enfant dans sa serre !... Cependant, de retour, l'avare ne dit pas Qu'il avait à l'enfant deux cents mille ducats ; De sorte que l'enfant grandit et devint homme Sans qu'il lui fut jamais parlé de cette somme. Pourtant, comme on savait qu'il devait, quelque jour, A la mort de son oncle, être riche à son tour, L'argent ne manqua point d'abord à ses caprices ; Si bien que ses défauts bientôt se firent vices; Car aucun n'était là qui le prît par la main Pour remettre ses pas en un meilleur chemin ! Enfin, le sort voulut, soit propice ou contraire, Que se tarît un jour cette veine u suraire ; De sorte qu'au milieu de son luxe indigent

Le neveu tout-à-coup se trouva sans argent.

Ce fut dans ce temps-là qu'il apprit de Séville

Que sa naissance était loin d'être pauvre et vile,

Et que ses premiers jours, aux splendides rayons.

Étaient des souvenirs et non des visions !

Alors il résolut de tenter l'aventure :

11 savait que son oncle en une cave obscure

Entassait tout cet or, qu'il tirait à la fois

Du peuple, des marchands, des nobles et des Vois.

Car il prêtait à tous, étendant son système

Du fer delà charrue à l'or du diadème!

Donc il ne perdit plus ce cher oncle des yeux !

Et bientôt il le vit, marchant silencieux,

Ecoulant si ses pas n'éveillaient pas dans l'ombre

Un indiscret écho, sous une voûte sombre

Disparaître, fermant, au bout d'un corridor,

Une porte de fer, celle de son trésor!

Trois jours fit le neveu sa garde accoutumée,

Et trois jours il trouva la porte refermée

Lorsqu'il voulut l'ouvrir pour descendre après lui!

Bref! il désespérait presque, lorsque aujourd'hui.

Soit oubli, soit terreur, quelle que soit la cause,

Enfin, il a trouvé cette porte mal close...

GRIMALDI, faisant un mouvement.

Imprudent que je suis ! . . .

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