‹ Théatre [sic]: Paul Jone, L'alchimisteChapitre 122 sur 178 · ACTE III, SCENE · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE

FRANCESCA

Cependant... je soupire ; 11 me semble toujours que contre nous conspire Cet ennemi de Dieu, dont le pouvoir fatal Embellit tout chemin qui mène vers le mal : Les beaux jours sont restés dans la pauvre demeure! Tu me parlais d'amour, n'est-ce pas, tout-à-1'heure V Eh bien ! ces mots charmants, ils m'ont paru moins

[doux.

Parce qu'en les disant, ami, tu disais : vous! Dans notre humble maison, à la tenture noire, Jadis, lorsque, sortant de ton laboratoire, Tu me voyais l'œil triste et le front abattu, Souviens-t'en, Fasio, tu me disais : Qu'as-tu!

FASIO.

Oui; mais l'or, sous lequel tu crois que tout s'efface, Peut respecter le fond en changeant la surface : Il est une étiquette, aux riches de rigueur, Dont le pauvre s'exempte an profit du bonheur! Je le sais, et je sais encore que nul n'envie L'heureuse pauvreté qui peut voiler sa vie, Et n'a de ce bonheur qu'elle cache avec soin, Qu'elle pour confidente, et que Dieu pour témoin ;

Mais, je n'ignore pas que, dès que la fortune A tiré son élu de la foule commune, On voit, autour de lui, comme des loups rôdants, Les envieux sourire en lui montrant les dents ! L'avertissant tout bas que leur meute assidue, Ainsi que font les loups d'une brebis perdue, Déchireraient soudain tout imprudent bonheur Qu'il laisserait sortir un instant de son cœur ! Donc, à ces envieux dont la foule nous presse, Ne pouvant, Francesca, cacher notre richesse, Il faut, du moins, voiler notre bonheur d'époux; Comme des étrangers nous dire en parlant : vous ! Il faut, pour qu'on nous croie ennuyés et maussades, Nous montrer J'un sans l'autre aux bals, auxprome-

[nades; Aux deux bouts du palais avoir, séparément, Chacun notre service et notre appartement : Ainsi nous dérobons à ce souffle d'envie Qui poursuit les heureux, une part de la vie, Où nul œil indiscret jamais ne nous suivra, Et que, comme l'Éden, un ange gardera!

Puis, si malgré les soins que nous prenons d'avance, De l'horizon vers nous un nuage s'avance, Mon souffle et mes baisers bientôt écarteront L'ombre qu'il jetterait en passant sur ton front;

Page 1