LA MARQUISE, ACHARD
Au lever du rideau, la marquise seule est assise près d'une table à gauche de l'acteur; une Bible ouverte est sur cette table ; la marquise réfléchit, son grand voile noir l'enveloppe presque entièrement et retombe jusqu'à terre; Achard entre, et apercevant la marquise, il va à elle.
ACHARD
Madame la marquise. . .
LA MARQUISE, relevant la tète.
C'est vous, Achard, je vous attends depuis une demiheure; où donc étiez-vous?
ACHARD
Si madame la marquise avait voulu faire cinquante
pas de plus, elle m'aurait trouvé sous le grand chêne près de la porte du parc.
LA MARQUISE
Vous savez que je ne vais jamais de ce côté.
ACHARD
Et peut-être avez-vous tort, madame : il y a quelqu'un au ciel qui a droit à nos prières communes, et qui s'étonne peut-être de n'entendre que celles du vieil
LA MARQUISE
Qui vous dit que je ne prie pas de mon côté, et qui vous fait croire que les morts exigent que l'on soit sans cesse agenouillé sur leur tombe?
ACHARD
Rien ! je crois seulement que si quelque chose de nous vit encore sous la terre, ce quelque chose tressaille de plaisir au bruit des pas de ceux que nous avons aimés pendant notre vie.
LA MARQUISE
Mais si cet amour fut un amour coupable?
ACHARD
Croyez-vous que la mort et le sang ne l'aient pas expié? Dieu fut alors un juge trop sévère pour n'être pas aujourd'hui un père indulgent.
LA MARQUISE
Oui, Dieu pardonne peut-être, parce que la toutepuissance est la toute-bonté, mais croyez-vous que si