‹ Théatre [sic]: Paul Jone, L'alchimisteChapitre 18 sur 178 · LA MARQUISE, ACHARD · texte numérisé non relu

LA MARQUISE, ACHARD

Au lever du rideau, la marquise seule est assise près d'une table à gauche de l'acteur; une Bible ouverte est sur cette table ; la marquise réfléchit, son grand voile noir l'enveloppe presque entièrement et retombe jusqu'à terre; Achard entre, et apercevant la marquise, il va à elle.

ACHARD

Madame la marquise. . .

LA MARQUISE, relevant la tète.

C'est vous, Achard, je vous attends depuis une demiheure; où donc étiez-vous?

ACHARD

Si madame la marquise avait voulu faire cinquante

pas de plus, elle m'aurait trouvé sous le grand chêne près de la porte du parc.

LA MARQUISE

Vous savez que je ne vais jamais de ce côté.

ACHARD

Et peut-être avez-vous tort, madame : il y a quelqu'un au ciel qui a droit à nos prières communes, et qui s'étonne peut-être de n'entendre que celles du vieil

LA MARQUISE

Qui vous dit que je ne prie pas de mon côté, et qui vous fait croire que les morts exigent que l'on soit sans cesse agenouillé sur leur tombe?

ACHARD

Rien ! je crois seulement que si quelque chose de nous vit encore sous la terre, ce quelque chose tressaille de plaisir au bruit des pas de ceux que nous avons aimés pendant notre vie.

LA MARQUISE

Mais si cet amour fut un amour coupable?

ACHARD

Croyez-vous que la mort et le sang ne l'aient pas expié? Dieu fut alors un juge trop sévère pour n'être pas aujourd'hui un père indulgent.

LA MARQUISE

Oui, Dieu pardonne peut-être, parce que la toutepuissance est la toute-bonté, mais croyez-vous que si

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