ACTE II, SCENE III
ACHARD
Il est mort.
PAUL
Tu me diras comment?
ACHARD
Je vous dirai tout.
PAUL
Dans un instant! maintenant, je n'ai point la force de t'écouter, laisse-moi me remettre, (il ouvre la fenêtre.) La belle chose qu'un soir d'automne et qu'un soleil qui se couche dans la mer; cela est calme comme Dieu , cela est grand comme l'éternité; je ne crois pas qu'un homme qui a souvent étudié ce spectacle craigne la mort ! mon père est mort avec courage, n'est-ce pas ?
Certes.
PAUL
Je me le rappelle, mon père, quoique je n'eusse que quatre ans lorsque je le vis pour la dernière fois.
ACHARD
C'était un beau jeune homme comme vous, et justement de votre âge...
PAUL
Comment se nommait-il ?
ACHARD
Le comte de Morlaix.
PAUL
C'est un noble nom parmi les noms de la Bretagne: et ma mère?
ACHARD
Votre mère ! la marquise d'Auray.
PAUL, bondissant.
Qu'est-ce que tu dis ?
ACHARD
La vérité.
Sur Dieu ?
Sur Dieu!
PAUL
ACHARD
PAUL
Alors Emmanuel est mon frère, et Marguerite ma sœur.
ACHARD
Les connaissez-vous déjà ?
PAUL
Tu avais bien raison, vieillard, Dieu peut ce qu'il veut, et ce qu'il fait est écrit longtemps à l'avance dans sa sagesse.
Il tombe sur une chaise et appuie sa tète dans ses mains. ACHARD.
Votre père et la marquise étaient fiancés l'un à l'autre dès leur jeunesse, je ne sais quelle haine divisa leur famille et les sépara... Le comte de Morlaix partit pour Saint-Domingue, où son père possédait une habitation; je l'accompagnai, j'étais le fils de celui qui l'avait nourri... J'avais reçu la même éducation que lui; il m'appelait son frère, et moi seul me souvenais de la distance que la naissance avait mise entre nous.