ACTE II, SCENE III
ACHARD
Et voilà pourquoi, sous prétexte qu'il ne veut pas voir ses enfants, elle a éloigné de lui Emmanuel et Marguerite.
Pauvre sœur; et maintenant , ne veut-elle pas la sacrifier, en la mariant malgré elle à ce misérable Lectoure?
ACHARD
Oui ; mais ce misérable Lectoure emmène sa femme à Paris, donne un régiment de dragons à son frère. La marquise ne craint plus la présence de ses enfants ; son secret reste alors entre elle et deux vieillards, qui demain, cette nuit, peuvent mourir, et la douairière d'Auray, modèle d'amour maternel et de vertu conjugale, leur survit, entourée de la considération du monde.
PAUL
Oh ! crois-tu que ma mère ?...
ACHARD
Pardon ! c'est vrai, je ne crois rien, j'ai tort ; oubliez ce que j'ai dit, vous-même en jugerez... Ai-je besoin d'ajouter que les dernières volontés de votre père furent fidèlement exécutées : Fild vint vous chercher, dans la journée vous partîtes ; vingt-un ans se sont écoulés depuis cette époque, et depuis cette époque pas un jour n'a passé sans me voir faire des vœux pour le fils, agenouillé sur la tombe du père : ces vœux sont exaucés, Dieu merci! Vous voilà... votre père revit en vous; je le revois, je lui parle, je suis consolé.
PAUL, regardant par la fenêtre.
Silence, on vient !
ACHARD
C'est un domestique du château.
Marguerite l'accompagne... Marguerite, ma sœur !... Tu me laisseras seul avec cette enfant, Achard ; je voudrais lui parler.
ACHARD
Songez que votre secret est celui de votre mère!
PAUL
Sois tranquille, je ne lui parlerai que du sien. (Achard .nue.) Pauvre enfant! cet intérêt que j'éprouvais pour toi hier, en te voyant, c'était donc de l'amour fraternel... Enfin!...