ACTE III, SCENE II
LECTOURE
Jamais... non, jamais, depuis que je vous ai vue, surtout, je n'ai espéré être digne de votre... comment dirai-je? de votre amour. Mais mon nom, ma position sociale, me rendent digne, sinon de voire cœur, du moins de votre main.
MARGUERITE
Mais comment, monsieur, comment séparez-vous l'un de l'autre?
LECTOURE
Mais les trois quarts des mariages se font ainsi. On épouse... l'homme, pour avoir une femme; la femme pour avoir un mari : c'est une position, un arrangement social; que voulez-vous que les sentiments et l'amour aient à faire dans tout cela?
MARGUERITE
Pardon, je m'explique peut-être mal ; la timidité d'une jeune fille en parlant d'un pareil sujet...
LECTOURE
Point, vous parlez comme Clarisse Harlowe; et c'est clair comme le jour, et je comprends très-bien.
MARGUERITE
Comment, monsieur, si, en descendant au fond de
mon cœur, si, en interrogeant mes sentiments , j'y
voyais l'impossibilité d'aimer jamais.
LECTOURE
Il ne faudrait pas me le dire.
MARGUERITE
Et pourquoi ?
LECTOURE
Parce que... parce que... c'est trop naïf.
MARGUERITE
Et si je ne vous le disais point par naïveté, si je vous le disais par délicatesse, si j'ajoutais... monsieur, et que la honte de cet aveu retombe sur ceux qui me forcent à le faire, que j'ai aimé, que j^'aime encore?
LECTOURE
Quelque petit cousin, n'est-ce pas? c'est une race maudite, qui se fourre partout, et qui nous écorne toutes nos femmes en jouant au furet du bois joli, ou à la toilette de madame. Mais on sait ce que c'est que ces sortes d'attachement : il n'y a pas une pensionnaire qui, à la fin des vacances, ne rentre au couvent avec une passion dans le cœur.
MARGUERITE
Malheureusement pour moi je ne suis plus une pensionnaire, monsieur, et, quoique jeune encore, j'ai depuis longtemps passé l'âge des jeux puérils et des attachements enfantins. Lorsque je parle à l'homme qui me fait l'honneur de solliciter ma main, de mon amour pour