ACTE V, SCENE VII
vrai, comme j'en ai si souvent frissonné, que vous eussiez tremblé de me voir? Serait-il vrai, comme je le crains en ce moment, que vous n'eussiez rien à me dire?
LA MARQUISE, d'une voix sourde.
Et si j'avais craint votre retour, aurais-je eu tort ? Vous m'êtes apparu hier seulement, monsieur, et voilà que le mystère terrible qui, à cette heure, ne devait être su que de Dieu et de moi, est connu de mes deux enfants.
PAUL
Est-ce donc ma faute si Dieu s'est chargé de le leur révéler?... Est-ce moi qui ai conduit Marguerite éplorée et tremblante, près de son père mourant dont elle allait demander l'appui, et dont elle a entendu la confession ! est-ce moi qui l'ai ramenée chez Achard, et n'estce pas vous, madame qui l'y avez suivie? Quant à Emmanuel, le coup que vous avez entendu et cette glace brisée font foi que j'aimais mieux mourir que de sauver ma vie aux dépens de votre secret. Non, non, croyez-moi, madame, je suis l'instrument et non le bras, l'effet et non la volonté ; non, madame, c'est Dieu qui a tout conduit dans sa providence infinie, pour que vous ayez à vos pieds, comme vous venez de les y voir, les deux enfants que vous avez écartés si longtemps de vos bras.
LA MARQUISE, avec hésitation.
Mais il en est un troisième, et je ne sais ce que je dois attendre de celui-là.
Ii2 PAUL JONES.
PAUL
Laissez-lui accomplir un dernier devoir, madame, et, ce devoir accompli, il demandera vos ordres à genoux.
LA MARQUISE
Et quel est ce devoir?
PAUL
C'est de rendre à son frère le rang auquel il a droit; à sa sœur le bonheur qu'elle a perdu ; à sa mère la tranquillité qu'elle implore et qu'elle ne peut trouver.
LA MARQUISE
Et cependant, grâce à vous, M. de Maurepas a refusé au baron de Lectoure le régiment qu'il lui demandait pour mon fils.
PAUL, tirant le brevet de sa poche.
Parce que le roi venait de me l'accorder pour mon frère:
La marquise jette les yeux sur le brevet. LA MARQUISE.
Et cependant , vous voulez donner Marguerite à un homme sans nom, sans fortune, et, qui plus est proscrit!
Vous vous trompez, madame; je veux donner Marguerite à celui qu'elle aime ; je veux donner Marguerite non pas à Lusignan le proscrit, mais «à M. le baron Anatole de Lusignan, gouverneur, pour sa majesté, de