ACTE V, SCENE VIL
'île de la Guadeloupe, et qui attend sa femme sur mon Vaisseau. Voilà sa commission ; prenez ces deux papiers, nadame, et remettez-les vous-même à vos enfants.
Là MARQUISE, laissant tomber un regard sur le parchemin et les recevant, des mains de Paul.
Oui, j'en conviens, voilà pour l'ambition d'Emma- 'îuel et le bonheur de Marguerite.
PAUL
■ Et en même temps pour votre tranquillité à vous, nadame ; car Emmanuel et Marguerite partent ce soir, l'une pour retrouver son époux, l'autre pour rejoindre [on régiment, et vous demeurez isolée dans ce vieux •bateau comme vous l'avez désiré tant de fois; n'est-ce i)oint cela, madame, et me serais-je trompé ?
LA MARQUISE
i Mais comment me dégager avec M. le baron de Lec- •oure?
PAUL
Le marquis est mort, madame, n'est-ce point une ause suffisante à l'ajournement d'un mariage que la mort d'un mari et d'un père?
a marquise le regarde un instant, s'assied dans le fauteuil, écrit quelques lignes et sonne un domestique.
LA MARQUISE, au domestique.
Remettez dans deux heures cette lettre au baron de -.ectoure.
Le domestique prend la lettre, s'incline et sort.
LA MARQUISE
Maintenant, monsieur, que vous avez rendu justice aux innocents, faites grâce à la coupable. Vous avez desi papiers qui constatent votre naissance ; vous êtes l'aîné,1! selon la loi du moins, vous avez droit au nom et à la fortune d'Emmanuel et de Marguerite. Que voulez-vousj en échange de ces papiers ?
PAUL, tirant les papiers de sa poche.
Permettez-moi de vous appeler une seule fois ma mère, et appelez-moi une seule fois votre fils.
LA MARQUISE, se levant.
Est-ce possible !
PAUL
Vous parlez de rang, de nom, de fortune ! eh ! qu'aije besoin de tout cela? je me suis fait un rang auquel peu d'hommes de mon âge sont montés ; j'ai acquis: un nom qui est la bénédiction d'un peuple et la terreur d'un autre; j'amasserais si je le voulais, une' fortune à léguer à un roi. Que me font donc votre nom,i votre rang et votre fortune à moi? si vous n'avez pas autre chose à m' offrir, si vous ne me donniez pas ce qui m'a manqué toujours et partout, ce que je ne puis me créer, ce que Dieu m'avait accordé, ce que le malheun m'a repris... ce que vous seule pouvez me rendre... ma mère! ah! rendez-moi ma mère!...