ACTE V, SCENE Vil
LA MARQUISE, entraînée.
Mon fils ! . . . mon fils ! . . . mon fils ! . . .
'AUL, s'approchant vivement de la cheminée, jetant les papiers au feu et courant se précipiter aux genoux de la marquise, qui est retombée assise.
Ma mère ! . . . ah ! le voilà donc enfin sorti de votre ;œur ce cri quej'attendais, que je demandais, que j'im- )lorais!... merci, mon Dieu, merci!
Il cache sa tête dans le sein de la marquise. LA MARQUISE, lui relevant le front.
Regarde-moi ! depuis vingt ans, voilà les premières armes qui coulent de mes yeux ! donne-moi la main; elle la place sur son cœur) depuis vingt ans, voilà le premier sentiment de joie qui fait battre mon cœur!... viens lans mes bras!... depuis vingt ans voilà la première caresse que je donne et que je reçois !... ces vingt ans, ;'est mon expiation sans doute, puisque voilà que Dieu ne pardonne ; puisque voilà qu'il me rend les larmes, a joie, les caresses! Merci, mon Dieu... merci, mon ils!...
Elle le couvre de baisers.
PAUL
Ma mère ! . . .
LA MARQUISE
Et je tremblais de le revoir!... je tremblais en le revoyant !... je ne savais pas, moi... j'ignorais quels senii. 10
timents dormaient dans mon propre cœur ! Oh! je te
bénis!... je te bénis!...
En ce moment la cloche de la chapelle se fait entendre; on entend un coup de canon ; Paul s'agenouille de nouveau.
LA MARQUISE
Que fais-tu ?
PAUL
N'entendez- vous pas, ma mère?
On entend un second coup .
LA MARQUISE
Deux coups de canon !
PAUL
Le troisième m'indiquera qu'il faut me rendre à bord.
On entend un troisième coup.
LA MARQUISE
Tu pars donc ?
PAUL
Cette nuit.
LA MARQUISE
Béni soit donc le fils pieux qui, après vingt ans d'angoisses et de tortures, est venu rendre le calme à sa
mère !
PAUL, se relevant.
Adieu !
Adieu!