ACTE I, SCENE I
[Ne saurait m'échapper ; oui, quelques jours encor, Et le semeur de plomb fera sa moisson d'or ! Qu'un autre aille cherchant la liqueur qu'il envie, Dont chaque larme ajoute une année à la vie, De l'immortalité je suis mal désireux, Je veux vivre mes jours, mais je veux vivre heun Or, le bonheur, vois-tu, femme, c'est la richesse ; Le bonheur, c'est, pour toi, le rang d'une duchesse, Des pages, des valets!... Le bonheur, c'est, pour moi, L'or qui nous met au front la couronne d'un roi ! Riche une fois, alors plus de veille nocturne Qui tout un lendemain me rende taciturne. Alors, à mon travail je pourrai dire adieu ; Car j'aurai découvert un des secrets de Dieu !
FRANCESCA
Oh ! j'ai peur, Fasio, l'amour est mon excuse,
Que d'un rêve insensé le charme ne t'abuse,
Que ce bien chimérique, après lequel tu cours,
Au contraire n'épuise, et dans des temps bien courts,
Cet or que le creuset, de sa gueule enflammée,
Engloutit en lingots et rejette en fumée.
FASIO.
Ne crains rien, Francesca, non je réussirai!
Car Nicolas Flamel, mon maître vénéré, Voilà cent ans passés, dans le livre hermétique A déchiffré pour moi le mot cabalistique. Eh bien ! l'heureux Flamel, au nom partout cité, pétait qu'un écrivain en l'université, Dont la main mercenaire, habile à la peinture, Dans la souple arabesque encadrait l'écriture, Et qui, si dans la lutte il n'eût vaincu le sort, Né dans la pauvreté, pauvrement serait mort : Mais non, Dieu mit en lui la sublime étincelle, Et l'homme enfin connut la cause universelle; Si bien qu'au moment même où le monde trompé De vulgaires travaux le croyait occupé, Enfoncé dans la nuit comme un plongeur sous Tonde. Il voyait germer l'or dans la flamme féconde ! Et, sans jamais tarir son éternel filon, Combinant le mercure et le souffre et le plomb. Le mineur obstiné, chaque nuit, ô merveille ! Renouvelait vingt fois son œuvre sans pareille. Tant que, lorsqu'il mourut, sa femme et ses valets, En fouillant sa maison, ou plutôt son palais, Trouvèrent assez d'or, si tu te le rappelles, Pour bâtir un hospice et fonder trois chapelles !