‹ ThéâtreChapitre 101 sur 846 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les Mêmes , GEORGES.

GEORGES

Madame, depuis quand vous arrogez-vous le droit de fermer la porte de chez moi à mon meilleur ami , Warner?

AMÉLIE

Je n'ai pas l'habitude de recevoir si malin.. Et dans votre absence...

GKORGES.

Votre excuse est frivole. Vous détestez Wai-

ner , pareequ il est mon ami.

AMÉLIE

Lui , votre ami'...

GEORGES, à Valentin.

Je vous chasserai si, à l'avenir, vous lui manquez de respect.

VA1.KVJIN.

Me chasser! muu-iem , moi, 1 ancien seiviteur de monsieur votre père! moi qui l'ai vu mourir dans mes bras!

Il* JOTTllNËÈ,

sci.M-; ii.

CEOHi'ES , d'un ton terrible.

Tais-toi !

Valentin!...

(Elle lui fait signt de te taire )

GEOnGES , à part.

Il me le rappelle toujours... (A Louise.) Que fa il es- vous la?

LOUISE, embarrassée.

Monsieur , j'offrais nies soins à madame.

r.KOr.r.ES.

Ce n'est pas l'instant... Sortez tons deux. VALEJiTIS , remettant des papiers à Georges. Monsieur, on a ce matin signifié ces actes ; on doit exe\ nier dans la journée.

GEORGES, froissant les papiers avec colère. Je les en défie!... laissez-nous. (Valentin se retire par le fona et Louise entre dans lu ili.imbre à coucher. — Gecrges et Amélie restent seuls. ) Le sort Ri a traite' cette nuit avec un acharnement sans exemple... Point de discours, je vous en prie : je ne suis point d'humeur à e'couter un sermon; ma réponse serait sans réplique : il n'était pas plus difficile au hasard de m'enrichir que île me ruiner; vous-même vous avez plus d'une fois ressenti l'effet de ses faveurs; et ces restes d'opulence, dont les débris nous entoun i t, ! en sont encore des marques. Je reprend, ai mon tour dans les caprices du sort... mais cette nuit, cette nuit sur-tout! il s'est joue île toutes mes combinaisons... J'avais à la vérité a>eu de ressources ; j'ai bravé la fortune, et j ai tout perdu... il me faut de l'argent.

AMELIE.

De l'argent !...

GEOhCES.

Oui, aujourd'hui, ce matin, on c'en est Fait de moi.

De vous, mon ami? vous connaissez notre situation : je vous ai donné mes diamants, je ne possède plus rien; il ne nous reste que les meubles de cet hôtel.

GEORGES

Non , ils sont saisis.

AMÉLIE

Grand Dieu!... Ainsi plus rien ici n'est à nous ?

GEOBGES.

Ici, non... Mais je vous le répète, et \ous m'entendriez sans les conseils que vous a donnés votre oncle; il me faut de l'argent, ou c'en est fait de moi.

(Il s'assied d'un air sombre. ) AMÉLIE.

Vous me faites frémir, mon ami!... Ah! si le ciel daignait ouvrir vos yeux , voyez combien, jusou'à ce jour, nous avons été malheureux; presque toujours dans la misère, même au milieu quelquefois d'un éclat bien trompeur; assaillis d'inquiétudes, de poursuites, de ter-

reurs, sou\ent d'injures et d'outrages, nous avons passé quinze années sans connaîtra un seul jour de repos, bien moins encore de bonheur... (Georges fait un mouvement d'impatience.) Je ne vous retrace pas ce tableau, mon ami. pourvoit» reprocher mes larmes, mais pour vous demander uu sort moins déplorable. Une partie de ma dot, séparée de votre bien, nous reste, puisqu'elle m'appartient; le revenu qu'elle produit, et qui passe inaperçu dans I • désordre de notre existence, su Brait poii'nous faire vivre avec aisance, dar>.s quelque endroit éloigné, dans un état obscur, ma;s paisible du moins. Ah! mon ami, si lu voulais, dès aujourd'hui, nous quitterions cet hôte!, cette ville, pour toi si funeste; tes faux amis, qui te trahissent. Tu trouverais un doux repu-; je consacrerais toute ma vie à rendre la tienne heureuse par mes soins, mon amour, mon travail, s'il le fallut. Notre Albe. t s'clèverai: sous nos yeux, et tu jouterais bientôt tout le bonheur de la vie. (Elle se jette à ses genoux.) ( i Georges' ô mon ami! fuyons l'enfer où nous sommes; renonce à ce funeste jeu ; c'est ton bonheur et ma vie que je le demande à genoux.

GEORGES, relevant Amélie, et se levant lui-m<îme. Vuiis m'avez cent foi-; répété ces discours. Quelques mille francs de revenu, un village pour habitation , une existence misérable: je ne la supporterais pas; c'est la richesse «pie j'ambitionne; î.e l'a ;— je pas déjà possédée!... \j 'ailleurs il est trop lard... Amélie, tu m'offres 'e reste de ta dot; eh bien! c'est aussi ce que je r demande

AMÉLIE

Voil ; ' ..

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