SCÈNE IX
Les Mêmes, GEORGES.
( Georges, marchant rapidement et tenant un panier plein de vivres, entre avec une précipitation qui ressemble a de la frayeur. — Ses traits sont altérés, son regard Cît sombre; il a posé à terre le panier couvert d'une serviette. )
AMÉLIE
Ah ! mon ami , que je suis heureuse de te revoir!
GEORGETTE
Papa, nous avons eu bien peur.
GEOBGES.
Peur! et de quoi?
AMÉLIE
De l'orage... Mais, toi, ne t'est-il arrivé aucun accident?
GEORGES
Que voulez-vous me dire?
AMÉLIE
Tu as passé la nuit dehors?...
Ah! cela est vrai .. non, aucun accident.
(Il donne son chapeau et son bâton à Georgette qui va les poser dans un coin. )
AMÉLIE
Tu me rassures, mon ami; mais nous, comme nous t'attendions avec impatience!... As-tu reçu quelques secours?
GEORGES , monliant le panier.
Ne voyez-vous pas ce que j'apporte?
AMELIE, prenant le panier et le découvrant. Ciel! qui a daigné nous secourir si gsné-
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reusemeuti... c'est à ton travail , à tes prières peut-être, que nous devons encore .. Virus, Georgette, viens vile, bénis la main généreuse... mais va d'abord embrasser ton père ..
(Georgette obéit avec empressement; son père la repousse en frémissant.)
GE03GES
Ne remercie personne. (Amélie, étonnée, reprend sa fille par la main, et toutes les deux préparent le couvert. — Georges continue, après un silence. ) Dépêche-toi. Je suis excédé de fatigue... une soif ardente me dévore... mon sang brûle mes veines... Hàte-toi...
( Il est assis à table. )
Tout est prêt. . oui, tu es abattu, changé., tu as souffert.
GEORGES
Souffert !... Qu'importe? allons, vousne manquerez point aujourd'hui... soyons heureux... verse-moi de ce vin ; je crois qu'il me remettra,
(Il met un morceau snr son assiette; Amélie lui verse à boire ; il porte le verre à ses lèvres ; puis tout-à-coup il l'éloigné de sa bouche . et se lève sans avoir touché à rien.) Non , gardez cela pour vous; je ne veux rien.
( Il va s'asseoir à l'autre bout de la cabane. ) AMELIE, se levant.
Tu ne prends rien, mon ami? tu disais pourtant...
GEORGES
Oui , j'ai soif... Georgette , donne-moi ur» verre d'eau.
AMÉLIE, se levant elle-même.
Tiens, porte-le tout de suite à ton père.
GEORGETTE
Tiens , papa... ( Il prend le verre, boit , et le rend à l'enfant qui s'écrie :) Ah! mon Dieu!... papa, tu es blessé!... tu as du sang à la main.
GEORGES
Du sang ! W Mfe
AMÉLIE-
Du sang! tu es blessé?...
GEORGES , se levant.
Non! en gravissant les rochers, je me suis légèrement frappé... ce n'est rien... j'ai froid, fais du feu.
AMÉLIE
Du feu?... et avec quoi?
GEORGES
C'est vrai... nous n'avons pas de bois... (Riant d'un air forcé.) Eh bien! réjouis-toi; notre sort va changer; nous allons quitter cette misérable cabane.
AMÉLIE
Que dis-tu?
GEORGES
Oui , il faut partir demain au lever du sofeil.
rir journée; scène ix.
Ilu'i le bailli Je KleinfVId m'a remis ce cotnmandement, tandis que je lui demandais à genoux encore un mois de répit pour le paiement .1,1 tates... Tiens, lis.
(Il lui remet un papier.)
AMÉLIE
Ciel ! chassés... Nous n'avons plus d'asile? (Elle pleure. ) GEORCES, froissant le papier.
Pourquoi pleurer? peux-tu regretter ces misérables planches, incapables de te préserver du vent et de la pluie'.' Eb bien! tu ne t'endormiras plus sur cette paille arrosée de tes pleurs. Nous quitterons pour toujours ce lieu de douleur et de misère... (Avec impatience, parccque Amélie a toujours les larmes aux yeux. ) Ne t ai-je pas dit que notre fortune change? Oui, demain nous partirons pour quelque grande ville, Vienne, Hambourg, Berlin...
AMELIE.
Encore plus loin de la France, plus loin de mon Fils !
GEORGES
il le faut... Ce fils est perdu pour nous; ton oncle lui a sans doute appris à nous maudire.
AMÉLIE, en larmes.
Eh! comment ailer si loin sans ressources? GEonc ES.
N'ai-je pas encore fourni aux besoins de ce jour? ( Il tire de sa poche une poignée d'or.) Tiens , regarde !... j'ai de l'or.
AMÉLIE , avec joie.
Grand Dieu ! qui t'a donné cette fortune ?
GEOP.GES, après un long silence.
Je l'ai trouvée.
AMELIE, avec terreur.
Trouvée !... 6 mon Dieu !
GEORGES
La moitié de cette somme nous suffira pour atteindre une ville opulente, et avec l'autre moitié... La fortune n'est pas toujours contraire; elle a ses retours de faveur comme ses moments funestes: il me suffit de retrouver des lieux où l'or circule, où la richesse abonde, et j'aurai bientôt ressaisi la fortune et l'opulence.
AMÉLIE
Ah! tu joueras encore!
GEORGES
Paix! quelqu'un s'approche. Cache ces vivres... Ne dis pas que j'ai de l'or.
(Amélie épouvantée veut courir cacher ce qui est sur la table; mais au moment même un misérable, couvert de haillons et portant la besace, s'arrête à la porte de la cabane : c'est Warner.)