‹ ThéâtreChapitre 132 sur 846 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Les Mêmes, WARNER.

WARNER , a la porte.

Mon. bon monsieur, ma bonne dame, ayez

pitié d'un pauvre mendiant! La charité, pour l'amour de Dieu!

( Il tend la main, en avançant doucement dans la cabane.) AMÉLIE.

C'est un malheureux.

GEORCETTE.

Papa, il est bien pauvre!

GEORGES

Renvoyez ce misérable, ne laissez entrer personne ici; chassez-le.

AMÉLIE

Mon ami , ayons pitié de lui ; nous ne sommes guère plus heureux ; et il mérite peut-étn; moins sa misère.

GEORCETTE.

Laisse-moi seulement lui donner du pain ; ça fait tant de mal d'avoir faim!

(tienrges tressaille; il est ému, mais lu crainte l'emporte sur la pitié. )

GEORGES, repoussant sa fille.

Non , je vous le défends.

( Ceorgette reste interdite auprès de sa mère.) WARNER.

Vous êtes bien dur! heureusement que cetls bonne dame est plus compatissante que vous; aussi le ciel récompensera... (Il regarde avec attention, et reconnaît Amélie et Georges. ) Que voisje?... c'est lui!!!

GEORGES et AMÉLIE, reconnaissant ses traits.

Warner !

WARNER

Georges !

GEORGES, cherchant une arme autour de lui, et saisissant sa cognée de bûcheron.

Misérable ! c'est l'enfer qui t'envoie ici pour

te livrer à ma vengeance; tu vas mourir de ma

main !

(Georges va briser la tête de Warner. Warner lève son bâton; Mais Amélie et Georgette se précipitent au-devant du coup. )

AMÉLIE et GEORGETTE.

Arrête! arrête! — Papa!

(Toutes les deux retiennent Georges, dont le bras amis reste levé. )

AMÉLIE

Ah ! mon ami, je t'en conjure, ne verse plu9 de sang. Tu sais , ah ! tu sais comme cela porte malheur! Regarde ce misérable, le ciel ne l'a pas moins puni que nous; vois comme il faut expier le meurtre!

GEORGES , avec horreur.

Le meurtre!

( il laisse tomber sa cognée, et se détourne consterné. Georgette la ramasse et va la cacher.)

WARSER, avec calme.

Toujours emporté! Si ta femme n'était pas plus raisonnable que toi, Dieu sait ce qui serait arrivé... Et qu'aurais-tu gagné à me voir éteudu là?... J'avoue que j'ai mal agi avec toi. ..(Amélie lui fait signe de se taire.) Mais le temps efface Dieu des choses. D'ailleurs, comme madame 'e di

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sait, si tu as quelques itjn <m:1*<js à me taire ^ la fortune s'est bien chargée de na v enger. Après quinze ans de malheurs, de misère, ie hasard nous réunit à peu près aussi misérables 1 an que l'autre. Si j'étais de toi, je suivrais l'exemple que je te donne; j'oublierais le passé, je tendrais la main à mon ancien camarade, et nous aviserions encore ensemble aux moyens de conjurer notre mauvaise étoile.

(Georges s'est assis, sa femme est auprès de lui; il tient sa fille sa- tes genoux, et de temps en temps il penche sa tête =ur elle comme pour ne pas entendre Warner.)

GEORGES

Non; plus d'alliance entre nous. C'est toi jui m'as précipité dans l'abîme, en me faisant commettre un épouvantable homicide.

warser.

Dans ta fureur aveugle, il te fallait une victime; n'était- il pas naturel que je cherchasse à sauver ma vie? Au reste, j'ai partagé la peine de ton crime; accusé comme toi, condamné comme toi, j'ai pris la fuite; et, sans doute aussi comme toi, j'ai vécu misérable, courant le monde, tentant la fortune, traînant la misère. Enfin, après maintes vicissitudes, j'arrive de Ratishonne, dans l'équipage que tu vois, et je m'acheminais, en mendiant , vers Munich, quand la pluie, la fatigue, la faim, et principalement l'approche de la nuit et tle l'orage, m'ont fait entrei dans la seule cabane qu'on aperçoit sur ce chemin désert. J'étais loin de penser que j'y rencontrerais d'anciennes connaissances; si vous voulez, d'anciens amis.

AMELIE.

Des amis! Pouvez-vous à ce point avilir le plus saint des titres!

WARNER

Ah! ma chère dame! point de morale, je vous en prie. Dans ma situation, ce n'est pas de cela qu'il s'agit... Je meurs de faim et de froid; l'hospitalité seulement pour cette nuit; et, si Georges m'en veut encore, demain, au point du jour, mon bâton, ma besace, et en [route.

AMELIE, à son mari.

Georges?...

GEORGES, se levant et se détournant.

Consulte ta pitié.

AMÉLIE, tenant sa fille par la main.

Demeurez, monsieur; nous n'aurons point à nous reprocher d'avoir chassé un malheureux qui nous demandait un abri. Cette demeure n'est déjà plus à nous; demain nous la quitterons aussi; et j'espère que mon époux ne m'imposera pas l'horrible devoir de vous suivre avec lui. Viens, ma fille.

I Ile son avec Georgetle; Georges, Ij. conduit jusqu'au fond J vbane , puis revient d'un aii sombre.

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