GETTE
WARNER, se débarrassant de son bâton et de sa besace. A la bonne heure ! je ne demande pas qu'on me tienne compagnie... mais, puisque tu m'accordes l'hospitalité , tu ne me refuseras pas, sans doute, le reste de ton souper?
( Il se met a table, Georges reste a l'autre extrémité de la
cabane.) Diable!... tu n'es pas, à ce que cela dénote, aussi pauvre que tu en as l'air... L'excellent vin! (il boit.) Ah! il fallait cela pour me n -mettre... Geotges, tu restes là?... allons donc, viens, buvons un coup... Tu refuses de boire avec moi ?... est-ce que tu conserverai» encore quelque envie de te venget?
( Il met la main sur sou bâton ) GEORGES, d'un air sombre.
Non; un mot que lu n'as pu comprendre a désarmé ma main. J'ai perdu le désir de me venger de toi; j'en ai peut-être aussi perdu le droit... Mais Amélie, tu l'as trop outragée; elle a raison de te haïr et de te mépriser. Miser...
WARNER
Dans le fait, cela est juste... et pourtant c'est fâcheux! oui, c'est fâcheux, peut-être, pour toi sur-tout.
GEORGES
Pour moi ?
WARNER
A moins que tu n'aies d'autres ressources... (Continuant à boite et à manger.) Quant à moi, encore un peu de patience, de courage... il ne faut qu'une occasion, une rencontre; cela peut arriver tous les jours; et ma fortune est rétablie.
GEORGES, l'observant.
Comment?
WARNER
Oui; j'ai uéeouvert un secret.
1 il Secret !
WARNER , se le\ant.
J'étais loin de songer à toi, en arrivant dans ce pays; mais, en te retrouvant dans un état si déplorable, notre ancienne liaison , des souvenirs de jeunesse, le regret d'avoir aidé à ta mine, tout cela m'aurait peut-être engage à le partager avec toi , et à réparer quelque jour le mal que j'ai pu te faire.
GEORGES
Que veux-tu dire?... comment pourrais-tu?... ta misère...
WARNER
Oh! je sais bien que mon habit semble démentir mes paroles; je suis même bien sur que tu ne voudrais pas me croire; ainsi laissons cela : quelque jour tu en auras la preuve.
>ÀÏ»
IIIe JOUltNÊK, SCÈNE XI.
BBOftGSS. avec impatience, la |.itu\c... àt <|noi '.'...
WARNER
Ct n'eai plu* une erreur, ce n'e»t plus une illusion; j'ai découvert le secret de gagner toujours. (Georges se rappioche vivement de lui.)
Oui, je suis sur de Faire sauter toutes les bannes d'Italie, et tu me vois déjà en route pour le Piémont.
GEOhOKS.
Quoi ! tu aurais trouve?...
WARNER
Oui , te flts-ie ; je ne donnerais; pas mon *e-
erel pour un million.
GEORGES, le regardant avec défiance, méïée d'un retour d'amitié.
Et tu étais disposé à le partager avec moi? WARNER , avec malice.
Ma roi, oui!... mais maintenant, c'est inutile, lu m'en veux trop.
GEOr.GES, lui offrant du tabac.
Le premier mouvement est passé,
WARNER
J'entends... Mais la rancune de ta femme...
GEORGES
On peut lui imposer silence.
WARNER
A la bonne heure... Mais... non... il y a un autre obstacle plus grand que tout cela, et qui rendrait inutile la confidence que je te ferais... Il faut de l'argent, et je ne te crois pas plus en fonds que je ne le suis.
GEORGES
Peut-être...
WARNER
Hein! .
GEORGES, tirant de l'or de sa poche.
Vois!...
WARNER , avec avidité.
Tu as de l'or! Eh bien, mon ami, il faut nous associer... Voyons; esl-ce là tout ce que tu possède» ?
GEORGES
Oui... Faudrait-il davantage ?
WARNEIl.
Oh! sans doute.
GEORGES
Quel malheur !
WARNER
Si tu pouvais... Comment t'es-tu procuré cette somme?
GEORGES, leculant avec terreur.
Comment!... je ne puis le le dire... ( Il caclie son or.) Mais demeure avec moi, et... ( Il commence à faire nuit; on voit passer un jeune militaire , toui au fond de la montagne : c'est Albert. ) Qu'est ce «pie j'entends?
WARNER, regardant.
Rien; ta femme et ta fille, là, dans l'autre pièce... Tu dis donc?...
(Albert disparaît. )
GEORGES
Je puis, < ti payant les taxes arriérées, de-
meurer encore ici quelques jours; reste avec moi , et...
WARNER
Non , non... je ne nie soucie pas de cet arrangement-là, vois-tu; demeurer avec toi, oui; mais ici, non; du moins pas plus longtemps que jusqu'à demain matin; et encore pareequ'il fait trop mauvais et trop sombre pour se mettre en route cette nuit.
GEORGES
Pourquoi?... cille cabane est misérable,
mais j'y ai v*< u deux ans; tu peux bien...
WARNER
Ce n'est pas cela ; il y a une autre raison... Je suis étranger, sans papiers, mendiant, du nombre de ceux qu'on nomme vagabonds; tu conçois que je puis être inquiété pour la moindre chose; et (plus confidentiellement ) lotlt-àl'heure , en venant de ce coté, pareeque j'avais quitté la route pour abréger le chemin , là bas , derrière un grand roc, j'ai rencontré sur mon passage, une éminence de cailloux, d'herbe, de terre jetée... Par curiosité j'ai soulevé quelques uns de ces cailloux avec le bout de mon bâton , et sous cette éminence... j'ai découvert ..
GEORGES , lui saisissant le bras.
Silence!!!...
WARNER
Tu sais?...
Tu l'as découvert?...
WARNER
Oui.
GEORGES, avec terreur.
Viens, il fait nuit, le ciel est sombre... viens m'aider à le cacher.
WARNER , reculant épouvanté.
C'est toi?...
GEORGES
Non !... c'est la misère et le désespoir.». Viens il faut le cacher.
( Warner reprend son bissac et son bâton, mais connue ils vont soi tir, Geprgette parait une lampe à la main.)
GEOUGE1TE.
Papa , voila de la lumière.
GEORGES
C'est inutile, nous sortons. Si ta bière nous demande, lu diras que nous sommes allés... a l'ermitage.
( Georgettc demeure interdite , Georges el \Vuri»< r sortent.;