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ACTE DEUXIÈME

Un jardin. A droite un pavillon ayant, en vue du spectateur, une petite fenêtre fermée par une jalousie. A gauche, un bosquet hien ombrage. Au fond une jolie habitation de planteur, un seul étage, toit plat, jalousies vertes; petit perron pour arriver au péristyle, avec tenture de coutil.

LE COMMANDEUR, BAGUENAUDAIS.

Le Commandeur descend le perron : Baguenaudais sort du pavillon dont il vient de lever la jalousie : on aperçoit dans l'intérieur un guéridon; puis, au fond, une croisée ouverte donnant sur le jardin.

BAGUENAUD \IS, tombant sur une des marches du pavillon et s' essuyant le front. Cré coquin! fait-il chaud?

lk commandeur. Bonjour, garçon.

baguenaudais. Salut, commandeur.

LE COMMANDEUR, ouvrant un petit carnet.

Qu'est-ce que tu fais là?

bvguenaudais, assis et bâillant. Je travaille.

le commandeur. Paresseux !...

baguenaudais. Ma loi , commandeur, je fais ce que je peux; mais je ne m'habituerai jamais à votre diable de pays: songez donc que pour un pauvre Européen, né rue Tirechape et élevé dans du coton, à l'ombre, votre ciel est un four de campagne ; i' me dessèche votre ciel, i' m'oie toute ma fraîcheur.

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LE COMMANDEUB, Usant son carnet. C'est grand dommage.

baguenaudais. Quand on m'a donné \tar-Gull pour suppléant, je me suis dit : Bon, il gobera le soleil , lui, et moi , avec un peu de soin , je pourrai refaire mon teint ; pas du tout : Atar-Gull s'amuse à la chasse ou à la promenade avec le patron, et moi, moi, je travaille comme un véritable nègre ; avec ça que j'ai peur de le devenir : depuis quelque temps je change de couleur, que ça me fait fiémir. El c'est pas étonnant, quand on a à perpétuité sur la figure un soleil qui cuirait les côielettes à la minute. Ah çà, dites donc, commandeur, si vous ne m'écoutez pas, ce n'est pas la peine que je m'échauffe comme çà à vous parler... qu'est-ce que vous regardez donc là?

LE commandeur.. C'est le relevé des noirs de sir Thomson. Je refaisais l'addition ; c'est bien cela... trente morts depuis cinq semaines.

baguenaudais. Qu'est-ce que vous dites donc, commandeur? C'est impossible!

LE commandeur. Je crois bien que cette mortalité nous vient du morne aux Loups, les empoisonneurs en veulent à sir Thomson, qui a fait pendre une douzaine des leurs, il y a deux mois.

baguenaudms. Nous l'avons échappée belle ce jour-là ; sans mon suppléant Àtar- Gull... mais au fait, vous avez raison, commandeur, ça pourrait bien être ça.

LE COMMANDEUR. J'en suis sûr.

baguenaudais Ah! mon Dieu I nous sommes perdus, commandeur!

le commandeur. Oh ! rassiu ez-vous, il existe un contre-poison que je vais administrer à tous mes agneaux noirs de la fabrique; si vous voulez, je vous en garderai. baguenaudais. Comment, si j'en veux?

une pinte le plustôt possible, je ne vais] lus oser ni boire, ni manger ; en voilà un pays désagréable!... Vous partez, commandeur! LE commxndeur. Oui, on a besoin làbas de l'œil et du fouet du maître. Au revoir.

BAGUENAUDAIS. Ne m'oubliez pas. [Courant :iprts lui.) Entendez-vous, commandeur, gardez-m'en comme pour deux... au moins...

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