SCENE XVI
BAGUENAUDAIS, ATAR-GULL.
BAGUENAUDUS. Allons, elle va signer le contrat. O Gibecienne, le notaire qui doit faire le nôtre a le temps de tailler sa plume. Au reste, mademoiselle Jenny n'aura pas là un mari de premier choix; il est gentil, le colon! Il ne veut pas de moi, à moins que je ne me mette à faire pousser le sucre... Je n'ai plus qu'une ressource; c'est d'acheter Atar-Gull , parce qu'à nous deux il fera ma besogne. Le v'ià, nous allons terminer celte affaire-là tout de suite.
ATAtt-GULL, arec colère. Elle a signé... Le maître aurait tenu sa promesse! et Jenny serait à Richard ! oh ! non !
BAGUEXAi dais. Eh ben ! dites donc, avez-vous réfléchi à ma proposition?
ATAR-GULL. Ecoute : tu m'as dit que je pouvais compter sur toi?...
BxGUENAUDAis. Pour le paiement, ça ne dépendra que de vous, puisque...
ATAB-GlïLL. Tu vas aller au bout de la grande savane.
baguenaudais. Pourquoi faire?
atar-GULL. Tu mettras en croix deuxbambous.
baguenaudais. C't' idée !
atar-GULL. Tu vas partir à l'instant même; c'est la prière des nègres pour le mariage de notre jeune maîtresse.
BAGUENAUDAIS. Ah! j'entends... c'est comme qui dirait quand maman brûle uue petite chandelle à l'auiel de sainte Cunégonde.
ATAR-GULL. Hâte-toi.
baguenaudais. Soyez tranquille, j'ai
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de bonnes jambes j d'ailleurs la pour... ça galope.
Il sort.
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SCEINE XXII.
ATAR-GULL, JENNY
ATAR-GULL. C'en est l'ait, ruine et destruction, veoez à mon aide ; dans quelques minutes celte i iclie liabiialion n offru a plus qu un amas de décombres, bir Kuhaid l'époux deJenny! jamais •• jamais! Accourez, vengeurs du vieux Job, renversez tout ce qui doit appai tenir à Richard! iWeuie Jenny elle-même plutôt que d'être à lui !
JENNY. Enfin je suis libre I Aiar Gull, à moi...
Atab-GULL. Que veux-tu, maîtresse?
JENNY. Tu L'avais dit, je n'ai pu résister à mon père... Oh! non, je ne le devais pas, j'aui ais été maudite de Dieu. J'ai consenti pour que le vieillard ne manquât pas de pain, pour qu'il eût un asile où il pût reposer sa te. te. A présent, Atar-Gull, que j'ai accompli ce devoir sacré, je puis bien me soustraire au supplice affreux qui m'est réservé, n'est-ce pas?
atar-GUi.l. Qui te sauvera?
JENNY. Toi!
ATAB-GULL. Moi?
jlnny. Ecoute, écoute, Atar-Gull. Les hommes de couleur ont en leur pouvoir, Je le sais, un poison qui tue aussi promptementque l'acier. Atar-Gull , c'est de cela qu'il me faut; ce matin je t'ai dit : Plulôt mourir que d'être à sir Richard. Je suis à lui , tu vois bien qu'il faut que je meure.
Ici des nègres paraissent sur le toit de l'habitation; d'autres descendent le long du muret enlientduns l'habitation. On a dû voir précédemment de la lumière à une tl-nëtre ; c'est celle de la chambre de Thomson; Atar-Gull a vu les nègres pénétrer dans la maison, et il a fait Un mouvement de joie.
ATAn-GULL, en souriant. Rassure-toi...
maîtresse, tu ne mounas pas, et tou mariage n'aura pas lieu.
jlnny. Qui l'empêchera?
ataii-cull. Dieu et les noirs de la montagne. Regarde.
Le feu paraît.
jenny. Ah ! le feu... le feu! les misérabhs!... mon père est déshonoré! Au secours ! au secours !
ATAR-GULL. Tais-loi, tais-toi, maîtresse; ils te tueront.
jlnny. Miséricorde! le feu gagne la chambre de mon père. Ob ! Atar-Gull , tu ne le laisseras pas mourir. Au nom de ton père , Atar-Gull , sauve le mien.
atau-GULI.. Mon père! as-tu dit?Oh!
oui , vieux Job, Thomson ne doit pas mourir encore.
Il s'élance au milieu des flammes.
mGUENAïJDXiS, paraissant à une lucarne.
Encore les marrons qui brûlent : au secours. . ils ni'éiouffeni.
JENNY. Ah! voilà la cloche de secours.
Elle l'agite violemment.
BAGUENAUDAIS, qui agile un drap, glisse jusqu'en bas. Oui! ah ! que c'est haut.
jenny, apercevant des suidais qui entrent en scène. O mon Dieu ! tu nous envoies des sauveurs!
Les soldats font feu sur les nègres incendiaires, qui tombent et s'enfuient. Atar-Gull soi t du milieu des flammes, portant Thomson évanoui.
JENNY. Mou père!
atau-GULL. Le voilà , maîtresse... Respire-1- il encore ?
JENNY. Dieu soit béni, Atar-Gull, il existe!
atau-gull , à part. Oui , pour connaître son malheur.