‹ ThéâtreChapitre 181 sur 846 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LA MERE BAGUENAUDAIS, Voisins.

Au lever du rideau, le théâtre est vide; on frrppe à la porte, la mère Baguenaudais tire le coi don; toutes les voisines arrivent, ayant chacune un pot au lait à la main.

LA mère BAGUENAUDAIS. Arrivez, mes

chères voisines, arrivez donc... J'en ai une fière à vous conter à ce matin.

U!\E voisine. C'est-il toujours la tailleuse du second qu'a battu son mari :"... ou bien je gage que c'est I huissier du premier qui a encore détou.hé... Dam! un homme de phm e, c'est s> léger.

l.A 31ERE BAGUENAUDAIS. 11 s'agit bien

ATAR-GDLL.

de tout ça; c'est de mon fils, de monclier Lolo Baguenaudais, que je veux vous parler... Il arrive, mesdames, il arrive après trois ans d'absence.

TOUTES. Il serait possible!

la HÈRE BAGUENAUDAIS. Voyez , j'en pleure de joif*!... Ce n'est pas tout que 1' plaisir, mais l'amouf-propre donc... Pouvoir dire : J'ai un filsqui a vu la fin du inonde .. qui a marche sur le dernier bout de l'univers .. Mais tenez, écoutez la lettre que j'ai reçue hier soir... Vous verrez comme c'est écrit... 11 y a du Sentiment, l'orthographe ei tout. . quoi!

Li:s VOISINES, Nous écoutons.

L\ HÈRE BAGUENAUDMS, tirant une lettre de sa pn/ie. « A madame veuve Bagne- >» naudais, portière, me Tirechape, n* 13, » département de la Seine, eu Euiope. De » la Jamaïque. »

la voisine. Tiens, la Jamaïque ! je connais une eau-de-vie de ce pays là.

L\ HÈRE baguenaudais Ca s'appelle du rhum , mèi e Cloquet ; c'est très-estomaclial pour la poitrine. .Mais laissez- moi rachever. (L'^«/j/..) « Chère maman , voire » fils n'est pas mort ; au contraire, les voya- » ges l'ont mis à même de développer ses » facultés intellectuelles. »

LA VOISINE. Comment, intellectuelles?

la hère Baguenaudais C'e^t un mot

espagnol. « Le fait est que je suis devenu » très-joli garçon... Ce n'e»t pas comme » vous, ô ma mère chérie, je gage que je » vous retrouverai bien changée à votre » désavant tge. .. et c'est dommage, car vous » n'étiez pis dé jà très-bien à mon départ. » Il a une mémoire d'ange , cet enfant-là... « Vous sentez bien, chère maman, que je » ne vas pas m'a inuser à vous raconter mes » aventures, d'autant plus que je veux avoir » qmlquecho.se à vous due à mon retour. .. Dites à Gibecienne que si ma couleur » e*t Un peu changée mou cœur est tou- » jouis le même »

L\ Voisine. Ah! mon Dieu, le pauvre garçon . quand il saura.

la MÈnt; BAGUENAUDAIS. Ne m'en parlez pas, voisine, ça me saigne l'aine rien que d'y penser... Continuons. « Je vous » écris à deux mille lieues de la rue Tire- » chape. Attendez-moi demain à déjen- » ner, et tâchez que le lait de la mère Pi- » chon ne tourne pas. »

LA VOISINE. Comment, il esta deux mille lieues, et il vient déjeuner ce matin?... Il faut que votre fils voyage en ballon.

LA MÈRE BAGUENAUDAIS. Ecoutez la poste-est riplume , et vous comprendrez. (Lisant.) « J'étais en effet à deux mille lieues

» quand j'ai commencé cette lettre ; mais » a pi es lavoir égarée pendant dix-huit » mois dans ma poche, j'ai le bonheur de » la retrouver ce soir à Saint-l)enis où je » me suisarrèlé, n'ayant pas la force d'aller » plus loin. C'est de là que je me dis votre » fils barrasse, courbaturé, échiné pour la » vie. Jean-Lolo-Marie-Madelaine Bague- » naudais. »

LA voisine. Va-t-il en avoir à nous conter!... avec ça qu'il était déjà un peu bavard.

LA mère baguenaudais. Voisines, je me ferai un vrai plaisir de vous recevoir dans mon salon ; car il va me donner au moins un hôtel. Quand votre pot-bouille sera faite, vous viendrez chez moi écouter le récit des aventures de ce cher enfant.

la voisine. Vous croyez donc qu'il a fait fortune?

LA HÈRE BAGUENAUDAIS. Je le Suppose, mesdames; d'abord on ne va jamais dans les îles sans faire fortune... c'est connu.

la voisine. C< pendant, mère Baguenaudais, ce vieux bonhomme qui demeure chez vous tout là- ha ut, il en vient des îles... et pourtant ce n'est pas un richard.

LA MÈRE BAGUENAUDAIS. Je crois bien, et sans son domestique... je ne sais pas trop ce qu'il serait devenu à Paris... voilà un être intéressant que ce bon M. Targu... C'tst un' adoration de mulâtre, quoi, de voir comme il s'oublie pour son maître... Il le soigne que ça fait trembler... encore ne veut-il pas que personne en approche ; on dirait qu'il a peur qu'on ne le lui inange.

LA voisine. Ce n'est pas l'embarras, tout le monde en fait du récit de ce M. Targu.

LA MÈRE BAGUENAUDAIS. N'y a pas à dire, c'est lui qui nourrit son maître. Le jour il travaille pour payer le médecin du père et la pension de la fille , mam'selle Jenny, qu'est en apprentissage chez une lingère , et quand il s'est bien fatigué toute la lournée, il passe la nuit à veiller auprès du vieillard.

la voisine. Il est donc bien malade, ce M. Tronson?

LA mère BAGUEN vidais. Depuis un an qu'il demeure chez nous il n'a pas encore pu retrouver son bon sens. Le médecin dit comme ça que c'est la perte de sa foi tune qui l'a rendu hébété. Sommes-nous heureux de n'avoir jamais rien tu, au moins, quand nous le perdrons, ça ne nous causera pas de révolution.

On frappe.

LA voisine. Dites donc, mère Baguenaudais , on a frappé.

MAGASIN THEATRAL

LA MERE BAGUENAUDAIS Dieu! si c'était...

Elle va tirer le cordon.

LA VOISINE. Eh bien non. c'est

Targu.

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