‹ ThéâtreChapitre 183 sur 846 · LA MÈRE BAGUENAUDAIS, LES VOI- SIN ES, BAGUENAUDAIS · texte numérisé non relu

LA MÈRE BAGUENAUDAIS, LES VOI- SIN ES, BAGUENAUDAIS

BAGUENAUDAIS, en deliors. Maman, chère maman! c'est moi... me revoilà.

LA MÈBE BAGUENAUDAIS. Ali.' mon cœur l'avait reconnu au coup de marteau. Mère Cloquet , allez lui ouvrir; je n'ai plus la force de tirer le cordon.

LA voisine. J'y cours.

Elle tire le cordon. Baguenaudais paraît : il est en costume de voyage Irès-pauvre, et porte un paquet attache au bout d'un bâton.

bxguenaudais. Où est ma mère! que j'embrasse ma mère... (A une voi.sine en la repoussant.) Ce n'est pas vous, il me faut ceile qui m'a donné le jour.

LA HÈRE BAGUENAUDAIS. Eh! me voilà, cher enfant! le bonheur m'a ôlé les jambes.

baguenaudais. Dieu! oui... c'est elle...

( L 'embrassant,.) Pauvre mère! vous êtes bien vieillie... c'est égal, je vous aime tout de même.

LA MÈRE BAGUENAUDAIS, pleurant de joie. Mon Lolo! lu as été bien longtemps?

baguenaudais. Ah! dam! je ne reviens pas que de Pontoise. Ah çà, à présent que la nature est satisfaite, l'amour m'est uéct suaire. Mais je ne vois pas Gibecienne. il me ia faut... il me la faut, et tout de suite.

LA mère bvGUENAijdais. Hélas ! pour le moment, Gibecienne est à Saint- .Mandé, où elle a mis son dernier en sevrage.

baguenaudais. Qu'est-ce que vous m'apprenez là?.. Gibecienuea un enfant... un enfant dont je ne suis pas le père!

LA VOISINE. Elle en a bien trois.

baguenaudais. C'est impossible. Je n'étais pas là... comment ça s'esl-il fait?

la mère baguenaudus. Ne pense plus à cette fide-ià, mon enfant : c'est une ingrate. Deux mois après ton déoart, nes'estelie pas mariée à un sapeur-pompier.

baguenaudais. Ali! ma mère... ma mère... donnez-moi quelque chose pour me remettre, je vas me trouver mal. {Avec attendrissemrnt. ) Malheureux Baguenaudais ! c'élail bien la peine d'aller si loin ; je croyais en avoir vu de toutes les couleurs, il nie manquait encore celle-là. {Reprenant avec rage.) Scélérat de Bobinsou! c'e^t lui qui est cause de tout... maman, donnezmoi Bobinsou, que je le déchire comme un anthropophage.

ATAR-GULI..

LA MERE BAGUENAUDAIS. Fais-toi une raison, mon fils; avec ta fortune et tes talens, tu en trouveras une autre plus sensible et plus fidèle.

la voisine. Certainement, il n'en manque pas dans le quartier.

BAGUENAUDAIS. Laissez-moi tranquille...

quand je pense qu'il n'aurait tenu qu'à moi d'épouser la fille d'un roi sauvage; je serais peut-être sur le trône à présent... et que j'ai préféré revenir près de la perfide!

LA MÈRE BAGUENAUDAIS. Il serait vrai?

j'aurais pu avoir une bru couionnée?

BAGUENAUDAIS. Certainement ; ça n'aurait tenu qu'à moi; mais quand j'ai passé par là il n'y avait pas de princesse à marier.

LA MÈRE BAGUENAUDAIS. J'espère que tu vas nous conter tes aventures.

BAGUENAUDAIS. Pas tout de suite : d'abord je gèle ici. .. je n'ai plus l'habitude du climat ; aussi il faut commencer par me réchauffer. Donnez-moi une chaufferette, la pompe à feu, un ravon du soleil, ce qui vous tombera sous la main.

LA MÈRE baguenaudais. Tu vas avoir ton café; mais dis-nous au moins quelques mots sur tes voyages.

baguenaudais. Vous saurez donc que je viens d'un pays où l'on roule dans l'or, où l'on couche siu dos pierres précieuses : on est servi par des nègres dont les gages se paient à coups de bâton. . . Moi, qui vous parle, j'en ai eu à mon service.

LA mère baguenaudais. Vraiment?...

BAGUENAUDAIS. J'en ai eu un, mais qui en valait bien deux, et même trois. Dieu i quel beau mulâtre que mon Atar-Gull.

LA MÈRE BAGUENAUDAIS. M. TaigU...

mais je le connais, nous le connaissons toutes, n'e^-ce pas, ma voisine? il demeure ici avec son maître, M. Tonson.

BAGUENAUDAIS. Bah! il est ici. .. Je vois ce que c'est : en venant à Paris, il se sera souvenu de votre adresse, je lui parlais si souvent de vous.

LA MÈRE BAGUENAUDAIS. Et tu dis qu'il

t'a servi?

baguenaudais. Oui, je devais l'acheter; il était convenu qu'il ferait mes courses, et je me tuais à faire ses commissions. Bref, je vous dirai le reste plus tard.

la mère baguenaudais. C'est ça, mesdames ; à ce soir, il y aura du cidre et des marrons.

BAGtFNAUDAis, exaspéré. Des marrons!

Ah; maman! ne me parlez pas de ça... je ne veux pas qu'il en entre un seul ici, ou je m'en vas. Je les déteste, je les abhorre, les scélérats, les brigands! vous ne savez

donc pas que j'ai manqué d'être étouffé par les marrons?

LA MÈRE BAGUENAUDAIS. Allons, il n'y en aura pas, puisqu'ils te font mal. {Aux voisines.) A ce soir.

toutes. A ce soir.

Les Voisines sortent.

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