SCENE II
Les Mêmes, MADELON.
MADELON, arrivant aoet: un panier de pain et des roufitures. Au goûter, mesdemoiselles, au goûter !
TOUTES, entourant Md'ielon. A moi ! à moi ! à moi !
madelon. En rang, mesdemoiselles — c'est l'ordre de madame la Supérieure, et qu'elle dit, dit-elle toujours, Madelon ,
Où est-elle, la plus gourmande? Ah! personne ne dit plus mot. {Elle distribue le pain.) C'est absolument comme quand j'étais fille de service chez les capucins.
DÉSIRÉE. Comment, Madelon, tu as été, en service chez les capucins?
MADELON. De Beaugency, encore!
désirée. Et tu ne nous avais jamais parlé de cela ?
MADELON. C'est qu'il n'est pas utile de tout conter à des jeunes filles. J'étais à la panneterie, pour le pain, parce que j'avais fait mon apprentissage dans le pétrin des pères chartreux de Vendôme.
désirée. Tu as été aussi chez les chartreux?
MADELON. En sortant des récollets, oùs que j'étais fille de basse-cour; et puis, toute petite, je suis élé chez les carmes déchaussés pour raccommoder leurs has. On est chrétienne, son salut avant tout. Mais vous me faites jaser là , vous autres , et mon ouvrage...
DÉSIRÉE. Combien y a-t-il donc que tu es dans cette communauté?
madelon. Moi ! il y aura un an cet été, à la Saint-Jean d'hiver.
TOUTES, riant. Ah ! ah ! ah !
MADELON. Elles me font tromper...
j'veux dire, il y aura un an c't'hiver, à la Saint- Jean d'été.
TOUTES, riant. Ah ! ah ! ah!
MADELON. Riez, si vous voulez, mais c'est comme cela... je suis entrée ici, pardine, le même jour que mourut {en souriant) la protectrice de mamzelle Hortense. TOUTES, se rapprochant. Ah !
madelon. Et nous n'en sommes pas meilleures amies pour cela, moi et la protégée... ça tient peut-être à ma fierté ; mais
dam! que voulez-vous? moi, je n'aime que la nohlcs.'c, j'hais les prolétaires.
désirée. Elle a de la dignité dans le cœur, Madelin.
madelon. Un peu, qu'on eu a... c'est ce que me disait toujours le supérieur des capucins, un superbe homme. Dieu ! le beau capucin... Je suis très-fierte, je l'avoue. Tenez, quand il me faut faire queuque chose ici pour mamzelle. Hortense, ça in' ravale... je m' dis : Faut-il qu'une fille comme moi, qu'a raccommodé les bas aux carmes déchaussés, serve une fille de rien. Je ne suis pas, moi , comme votre camarade, mamzelle Cécile.
désirée. Il est vrai que Cécile est incroyable. Comment s'imaginer que la fille de M. de Clainville , un général noble, fasse sa société intime de cette fille sans
laut mettre au jeûne les plus gourmandes. naissance
madelon. Oh ! mais c'est que c'est les di :;x inséparables; c'est absolument comme Orestie et Pirade... elle sait pourtant bien tout ce qui s'en retourne.
DÉSIRÉE. Tu crois?
madelon. Tiens, si je crois!., je n'ai pas été sans lancer de temps en temps queuquesmots ; parexemple, que mamzelle Hor tense n'avait jamais évu d'autre père que sa tante, la chanoinesse de Remiremont, qui y a servi de mère... qu' c'est elle qui l'a placée dans ce couvent de depuis son enfance, d'oùs qu'on voulait la renvoyer à la mort de la chanoinesse. Cte pauvre chanoinesse, e» a-t-on dit sur son compte aux capucins !.. y en a-t-il évu des cancans, des calem bourgs:.. Mais chut!., v'ià les deux inséparables ! Tenez, regardez, si ce n'est pas comme feu saint Roch et...