‹ ThéâtreChapitre 204 sur 846 · CÉCILE , ALBERT, HORTENSE · texte numérisé non relu

CÉCILE , ALBERT, HORTENSE

ALBERT. \ ousne voulez donc pas prendre votre leçon d'armes aujourd'hui? c'est dommage, vous faisiez des progrès sensibles.

CÉCILE. Avec un aussi bon maître que vous, mon cher Albert, cela n'est pas étonnant.

ALBERT. Il est vrai que j'ai été vingt ans prévôt de salle dans le régiment de votre père... et je vous jure que j'y serais encore sans cette maudite blessure qui m'a valu mon congé du gouvernement, et de monsieur de Clainville la place d'intendant que j'occupe dans son château. Oui, votre brave père m'y a installé il va deux ans ; parbleu , à l'époque où vous êtes revenue de votre couvent avec mademoiselle Hortense.

CÉCILE. Mon cher Albert, c'est aujourd'hui jour de courrier.

Albert. Oui, mademoiselle, et je vais donner un coup de pied jusqu'au bureau de poste.

I HORTENSE. Espérons que cette fois ce ne sera pas inutilement, et que vous reviendrez avec des nouvelles du général ou de votre fils.

CÉCILE. Si cet espoir est encore déçu, j'y suis bien décidée, demain nous partons pour rejoindre mon père à l'armée...

Albert. Les paquets sont faits, la chaise de poste est prèle... ainsi quand vous voudrez...

hortense. Vous êtes bien sûr que personne ne se doute de notre résolution?

Albert. Personne.

hortense. Dans ces temps de soupçon et de haine pour tout ce qui porte un nom illustre, qui sait si , en la voyant quitter ce château, on n'accuserait pas d'émigration la fdle du comte de Clainville, lorsque sa seule intention , son seul désir est de revoir vn père qui verse son sang po.ur son pays?

CÉCILE. Quoi! tu pourrais craindre

Oh! non, ce serait calomnier le peuple

Albert. Si j'en crois mes idées, votre voyage sera inutile , et nous allons apprendre que le retard que mon général a mis à vous écrire , il ne faut l'attribuer qu'à un commandement supérieur qu'il aura obtenu et qui l'aura appelé sur un point plus éloigné de nos frontières. La république doit avoir des récompenses pour les patriotes comme le général Clainville. C'est cela un citoyen ! toujours en avant des idées généreuses qui germent lentement dans la tète des autres, méprisant les titres que la naissance donne, et n'estimant que les distinctions que le mérite procure, pensant au bien-être général avant de songer à lui-même, ne rêvant que la gloire de la nation à laquelle il est toujours prêta sacrifier ses affections, son sang, sa fortune; demandant toujours de la liberté pour le peuple et jamais de place pour lui ; voilà comme il a été de tous les temps, votre père, voilà comme il est encore; et aujourd'hui ces hommes-là, on ne les trouve pas à la douzaine. Quant à M. Frédéric, son fils...

CÉCILE, tristement. Vous ne pourriez pas en faire un portrait aussi flatteur... n'est-ce pas, Albert?

albert. Ah ! je suis loin de désespérer de lui. Les idées un peu orgueilleuses s'effacent dans les camps: s'il a eu quelque répugnance à perdre ses distinctions de

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nobîesse, il en méritera de plus glorieuses ; et quand il aura combattu pour le peuple et avec le peuple, il comprendra qu'il est bien plus beau de gagner des titres sur le champ de bataille que de les trouver tout faits en naissant, au fond d'une cassette ou sur une feuille de vieux parchemin.

CÉCILE. Puissiez-vous dire vrai!. . Mais l'heure s'avance, et je suis impatiente...

albert. Je pars, mademoiselle.... et dans un instant je vous rapporte de bonnes nouvelles.

Il sort.

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