‹ ThéâtreChapitre 205 sur 846 · HORTENSE, CÉCILE · texte numérisé non relu

HORTENSE, CÉCILE

CÉCILE. Chère Hortense, oui, voilà deux ans que nous habitons ensemble ce château... loin de mon père qui, depuis le commencement de la révolution, s'est dévoué au service de la France ; privée de mon frère, dont les opinions sont si peu en harmonie avec celles de sa famille, que serais-je devenue dans ce triste séjour, sans le secours de ton amitié?

hortense. Encore, il y aun an, M. Charles, le fils du bon Albert, nous restait; il partageait nos promenades du matin , il écoutait nos lectures du soir... le devoir et

l'honneur nous l'ont enlevé il est allé

combattre les Prussiens...

CÉCILE. Qu'il est heureux... il est près de mon père... Ce départ-là t'a coûté bien des larmes.

HORTENSE. Que dis-tu ?

CÉCILE. Oh! je les ai vues, quoique tu aies cherché à me les cacher... j'ai su lire dans ton cœur ; et puis ta joie lorsque nous avons appris qu'il venait de gagner l'épaulette sur le champ de bataille; tes questions toutes les fois que je reçois des lettres de mon père ou de mon frère... Voistu, ce sont de ces confidences qui valent un aveu. Ne cherche pas à cacher ce tendre sentiment , il donnera de l'énergie à ton ame, car le moment va venir où nous aurons peut-être besoin de courage ; deux jeunes filles seules en voyage, l'une allant retrouver son père...

hortense. L'autre son bienfaiteur.

CÉCILE. Partageant désormais son existence au milieu des camps; car, je le sens, mon Hortense, loin de mon père, la crainte et l'ennui me tueraient ; j'aime mieux, s'il le faut, trouver la mort près de lui... Mais voici Albert.

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