‹ ThéâtreChapitre 207 sur 846 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Les Mêmes, MARGUERITE, ROSALIE, JEANNETTE.

CÉCILE. Eh! bonjour, mère nourrice.

marguerite. Bonjour, ma Cécile, car je peux te donner ce nom-là ; t'es pas fière, toi, mon enfant, c'est pas comme ces jeunes filles de grande famille qui ne regardent plus leur nourrice dès qu'elle est payée, et qui, lorsqu'elle vient faire visite, vous la renvoient le plus vite possible, après l'avoir fait dîner à la cuisine.

Cécile. Ma bonne Marguerite, tu as eu tant de soin de mon enfance, qu'il faudrait que je fusse bien ingrate pour l'oublier... Eh bien ! Jeannette et Rosalie , vous ne voulez donc pas ru'embrasser?

de tout mon cœur, je ne demandons pas

JE \\ NETTE. Oh

mamzelle Cécile.

ROSALIE. Ah!

mieux.

MARGUERITE. Ah ! mamzelle Hortense, je devrions vous en vouloir.

HORTENSE. Et pourquoi?

marguerite. Parce que vos visites à notre petite ferme sont bien rares depuis quelque temps... c'est à peine si je vous ons vue deux fois pendant trois mois. Enfin il a fallu que la vieille Marguerite eût besoin au chef-lieu du canton pour vous voir... Mais faudra venir plus souvent, ma bonne Cécile... maintenant que je vais être toute seule dans ma ferme.

Cécile. Comment seule?., est-ce que Jeannette et Rosalie...

marguerite. Elles me quittent, mon enfant; ces jeunesses, ça vous a des idées d'ambition et de grandeur... ça veut aller à Paris... elles ont là une tante, Marie, ma sœur, qu'est cuisinière chez un... Comment donc que vous appelez ça?

jeannette. Eh bien ! oui, cuisinière chez un... Comment donc que tu nommes ça, Rosalie ?

Rosalie. C'est pas difficile... Elle est cuisinière chez un... Eh ben! v'ià que ça m'échappe.

jeannette. Un représentant du peuple.

marguerite. Oh! c'est un grand seigneur d'à présent Et cette tante leur a écrit pour les faire venir, afin de les placer toutes deux chez un ami de son maître, un autre représentant.

CÉCILE. Quand partez-vous ?

jeannette. Nous ne le saurons qu'en allant au bureau de la voiture, car auparavant nous avons été demander nos passeports.

ROSALIE. M'a-t-il fallu des si et des mais pour obtenir des papiers! O Dieu! a-til l'air sournois, ce municipal qui prend les signalemens! On dirait, quand il regarde une honnête figure, qu'il suppose toujours qu'elle appartient à un voleur.

albert. Je vois qu'elles se sont adressées à M. Lenoir.

marguerite. Comment l'appelez-vous, monsieur Albert?

ALBERT. Le chef municipal est monsieur Lenoir.

marguerite. Mais il avait un autre nom ?

albert. Oui, il s'appelait M. de Noirville ; il est d'une ancienne famille de robe... quelque procureur parvenu.

marguerite. Du vivant de défunt mon !»»•-• :n« il uous a fait un procès qui nous

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a coûté bon... Dans ce temps-là il faisait sonner gros comme le bras, devant les juges, sa qualité de noble.

Albert. Mais aujourd'hui il a tourné casaque, non pas comme les braves citoyens qui ont sacrifié leurs privilèges à l'intérêt de la patrie, mais comme ces coquins de grands chemins qui se décident à jeter une part de leur butin, quand ils voient que c'est le seul moyen de conserver le reste.

Cécile. Oh ! c'est un bien méchant homme!

Albert. Si votre père n'avait pas un de ces noms honorables qui imposent silence à la calomnie, il y a long-temps que cette langue de vipère aurait essayé de jeter son venin sur une gloire qui lui fait trop de mal pour ne pas chercher à la flétrir.

Cécile. Enfin il vous a donné vos papiers?

marguerite. Pas encore. Il nous a demandé où nous nous arrêtions ici ; nous avons dit que je venions au château. C'est bon, qu'il a dit, on vous portera vos papiers ; ainsi, vous autres, faut maintenant aller retenir vos places à la voiture.

CÉCILE. Je vous accompagnerai jusqu'au bureau, et vous reviendrez passer avec nous le reste de la journée pour célébrer le retour de Charles.

albkrt. 11 se fait bien attendre, monsieur l'officier. Je vais aller donner un coup d<eil sur la route.

marguerite. Sans adieu, mamzelle Hortense.

Us sortent tous excepté Hortense.

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