‹ ThéâtreChapitre 208 sur 846 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

HORTENSE, seule.

Chère Cécile ! oui, je continuerai à partager tes inquiétudes, à deviner tes tristes pressentimens ; mon esprit sera toujours inventif pour ranimer ton courage et tes espérances. Je ne manquerai jamais à la confiance de mon bienfaiteur. Il est encore tout brûlant sur mon front le baiser qu'il me donna au moment du départ...

quand il me dit : Hortense, je te confie ma Cécile, il ne lui restera que toi. Si le sort m'est contraire, console-la... Que les événetnens rendent nécessaires les preuves de mon attachement, et l'on verra avec quel élan Hortense saura payer la dette qu'elle a contractée envers son bienfaiteur... (Réfléchissant.) Quelquefois il se glisse dans mon ame de vagues terreurs... Ce monsieur Lenoir, dont parlait, il n'y a qu'un moment, la vieille Marguerite, m'a fait concevoir quelque crainte dont je ne puis me rendre un compte raisonné. J'ai remarqué qu'il affectait de chercher les mo-

mensoù j'étais seule au château pour me parler un langage que je ne puis comprendre, et plus d'une fois' il m'a semble (ici Lenoir paraît dans le fond) lire sur la figure de cet homme une joie qui me fait peur; car il ne sourit que lorsqu'il fait le mal. (U apercevant .)S\\\ mon Dieu! levoilà.

HORTENSE, LENOIR

LENOIR , s' approchant hy/ ocritement.

Seule au château, amiable Hortense!... Je m'applaudis de cette heureuse circonstance ; nous pourrons reprendre la conversât ion où nou-. l'avions laissée la dernière fois (pic Mlle Cécile vint interrompre brusquement notre entretien.

hortense. Mais, monsieur, je n'ai pas compris pourquoi vous vous étiez retiré à l'approche de mon amie. Tout ce que l'on veut me dire peut être entendu de Cécile. Je n'ai point de secret pour elle et n'en aurai jamais.

lenoir. Nous différons en ce sens, et ce que j'ai à vous communiquer ne regarde qu'Horteuse seule.

Il veut lui prendre la main, Hortense recule.

hortense. Monsieur!

lenoir, souriant. Hortense, les momens sont précieux, ne les perdons pas dans les détails d'une attaque calculée ni d'une résistance puérile. Vos charmes ont fait sur moi une impression dont vous avez dû la première vous apercevoir.

hortense,,. Moi, monsieur!

LENOIR. Ecoutez-moi. D'autres circonstances amèneront peut-être bientôt pour vous le besoin d'autres protections , et vous devez vous applaudir d'une affection qui vous prépare une existence audessus des caprices de la bienfaisance et indépendantedes revers des emplois publics.

hortense. Monsieur, si vos intentions étaient pures et dignes d'un cœur habitué à la vertu dont il a trouvé ici des exemples, tout en vous remerciant de l'intérêt que la pauvre orpheline a pu vous inspirer, je vous répondrais que jamais l'hymen n'enchaînera une vie qui doit rester liée à l'existence de la famille de mon bienfaiteur ; mais, puisque votre langage ne cherche même pas à déguiser vos coupables sentimens, le respect que je me dois à moi-même et à l'habitation de mes protecteurs me défend de vous faire la réponse que m'inspirait votre démarche.

lenoir. Cette brusque sortie était prévue, Hortense. Dans la famille qui vous a adoptée, il existe contre moi de fâcheuses préventions , je le sais. Tout le monde ne voit pas d'un bon œil mon ardent patriotisme...

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