SCENE IX
Les Mêmes , CHARLES.
CÉCILE , courant à Charles. Vous avez pu échapper, Charles?
CHARLES. Plus heureux que mon père, mon courage m'a piotégé.
CÉCILE. Et Albert?
CHARLES, tristement. Il a payé de sa viele dévouement qu'il avait fait paraître.
CÉCILE et HORTENSE. Ah! mon Lieu !
Charles. Un moment après vous avoir quittées, je me suis jeté au milieu des
LE MAGASIN THEATRAL
flammes qui dévoraient déjà le château; mon père luttait contre six assassins, je vole à son secours, je p irviens à le déga- ;;< r; mais il avait été frappé d'une blessure mortelle. Ses derniers mots fuient des vœux pour vous et pour le général Clainville. Je me battis en désespéré, et, au moment d'être accablé par le nombre, je trouvai un moyen de retraite, je m'étais déj î mis en rente pour rejoindre cette f< rme, quand une voix connue m'appela : c'était le jeune Gervais, le fidèle domestique de votrepère, qui, travesti en berger, apportait des nouvelles du générai, et une lettre pour vous, mademoiselle Cécile, et en même temps des instructions pour moi.
Cécile. L ne lettre de mon père !
Donnez, Charles... mais avec quelle émotion vous me remettez ce message...
Charles. C'est qu'il y a encore pour von.-, lie nouv< aux malheurs à apprendre.
CÉCILE. De nouveaux malheurs ?.. (Elle oa fiour li e la lettre ; elle ép ouoe un tremblement. ) Hortense, tiens, lis... l'émotion, la crainte, m'ôtent l'usage de mes sens.
Hortense prend la lettre.
hortense. Du courage, Cécile, écoute:
«Fuis, ma fille, s'il en est temps encore; » Albert te conduira à la ferme de l'Etang.»
CÉCILE. Albert !
HORTENSE, continuant. « Vous pourrez » y arriver en une nuit; la contrée est dé- » serte, tu y seras en sûreté. Je suis appelé » au tribunal révolutionnaire , accusé de » trahison. O liberté! ô patrie! et mon » sang coule des ble.-sures que j'ai reçues » pour vous défendre! Arme-toi de cou- » rage, ma Cécile ; je te confie aux soins » de ta jeune amie; elle t'aidera à suppor- » ter le coup qui nous frappe; rappelle » toute la fermeté que j'ai mise dans ton » ame, et s'il faut que nous succombions, » notre cause est trop belle pour regretter » une vie perdue pour elle. »
CÉCILE. Ah ! mon père! (Elle se nmet.) Mais ce n'est pas le moment des larmes... je le sauverai... j'en conçois le projet. . . c'est le ciel qui m'inspire. . . Hortense, tu rempliras les intentions de, mon père en te rendant à la ferme de l'Etang, et là, tu attendias de nouveaux événemens... et des instructions.
HORTENSE. Et toi?
Cécile. Moi, je pars pour Paris... j'irai d< mander, obtenir la grâce de mon père, ou mourir aux pieds de ceux qui me la refuseront.
uortense. Et tu penses que je te quitterai?.. Si tu pars, je pars, je reste, si tu restes ; je te suis partout ; ma vie t'appar-