LA COMTESSE, CAROLINE, WERNER
(Werner se rapproche du feu. Caroline sonne et range les plâtres. Un domestique apporte sur un pla.eau une tasse de chocolat que la jeune fille présente à Werner.)
CAROLINE
T< nez, mon bon ami, prenez cela, car vous devez a oir faim; savez-vous que voire leçon a duré pies ue deux heures?
WERNER
Bonne Caroline!.. Elle serait capable de gronder la science , parce que la science a retardé mon déjeuner.
CAROLINE
Sûrement, il faut bien qu'on pense à vous, puisque vous ne pensez qu'aux autres.
LA COMTESSE
Elle a raison , Magnus ; vous vous tuerez à force de travail. N'avez-vous pas assez de vos cours publics , sans prendre sur les heures de repos , comme vous le faites ainsi pour le premier venu?
WERNER
Chacun ici-bas a sa mission , Mme la Comtesse, ou sa passion, si vous voulez. La mienne est de continuer l'œuvre de mon illustre maître, Gall; la mienne est de populariser de toutes mes forces l'admirable science qui fait lire sur la tête d'un homme ses bons et ses mauvais penchans : je consacrerai ma vie à cette noble tâche, je l'ai juré.
LA COMTESSE
Mais le peuple ne vous croit pas ; mais le monde nie votre doctrine et s'en moque; les prêtres vous décrient tant qu'ils peuvent, ils vous accusent de matérialisme , ils vous signalent au Sénat comme un homme dangereux qui veut bouleverser les lois et proclamer l'impunité du crime.
WERNER
Les misérables!..
CAROLINE
Enfin, mon bon ami, avec vos idées, il est sûr que si ce terrible Oscar , par exemple , eût été pris vivant et traduit devant vous, philosophe comme vous êtes , vous ne l'eussiez point condamné à mort.
Et qui t'a dit cela, à toi?
CAROLINE
C'est... c'est ma marraine qui m'a (Ut cela.
WERNER
Vous, Mmc la Comtesse?
LA comtesse, embarrassée.
Oui... je pensais qu'il en eût été ainsi... car, d'après vous, cet homme n'a fait qu'obéir à son instinct ; et la nature ne l'a point laissé maître de choisir entre le bien et le mal.
werner.
Madame, notre science , je vous l'ai déjà dit , n'admet point de nécessité absolue. Un homme naît propre au crime , disposé au meurtre; mais l'éducation n'est-elle rien ? C'est à l'éducation de saisir ce dangereux enfant ; c'est à l'éducation de combattre ses penchans funestes et d'en neutraliser la puissance par le développement des penchans contraires. A quoi bon parler de tout cela, au reste?., qu'y a-t-il de commun entre ce brigand et nous? Caroline, (Il se lève.) merci , mon enfant... Va , j'ai à causer avec ta marraine; laisse-nous, entends-tu? (Il regarde sortir Caroline, que la Comtesse exbrasse avec effusion.) Douce et charmante enfant!.. Et ne pouvoir te dire.... Ch! c'est insupportable... Il faut que cela fit^gs russe !