‹ ThéâtreChapitre 372 sur 846 · MULLER, CHRISTOPHE · texte numérisé non relu

MULLER, CHRISTOPHE

MULLER , à part. Diable ! moi qui espérais le trouver dans un moment de bonne humeur... J'ai bien pris mon temps.

cnRiSTOPHE , V apercevant. Vous ici, Muller ?

muller. Eh bien , maître Kuntz , voua êtes donc toujours mécontent?

Christophe. Comment ne pas l'être?

tout conspire pour me tourmenter.

MULLER. Allons , allons... vous vous créez des tourmens imaginaires. Qne vous manque-t-il pour être heureux! d'abord cette ferme, qui n'était autrefois qu'une bicoque, est devenue entre vos mains la plus riche propriété du canton ; j'ai ouï dire que quand vous la reçûtes de votre père...

CHRISTOPHE , vivement. Mon père est mort, maître Muller !... ne prononcez pas le nom de mon père. (A part, et d'une voix sombre. ) Aujourd'hui surtout... aujourd'hui!..'.

MULLER. Pardon... j'ai réveillé un sout venir douloureux... mais du moins votre fils.

CHRISTOPHE. Mon fils est un mauvais fils., je le chasserai , Muller, je le maudirai !

muller. Avez-vous contre lui quelque nouveau grief?

CHRISTOPHE. J'en ai de nouveaux tous les jours : hier encore il n'est pas rentré.

muller. Pour être chez moi, ce matin, de meilleure heure.

Christophe. Vous l'avez vu ce matin?. . . ivre encore, sans doute... comme avanthier; quelle honte!..

muller. Ecoutez , maître Kuntz , parlons tranquillement: Conrad, au fond, n'est pas un méchant garçon; mais, vrai... vous le menez trop durement; vous le contrariez en tout... Que diable , Conrad n'est plus un enfant; ne pouvez-vous lui permettre d'avoir enfin une idée à lui, de penser un peu par lui-même et pour lui-même ?

Franchement, c'est être trop sévère; êtesvous bien sur qu'à son âge vous valiez beaucoup mieux que lui? Vous vous plaignez de ce qu'il n'a pas pour vous tous les égards, tout le respect qu'il devrait avoir? Eh bien , répondez-moi , la main sur le cœur , qu'auriez-vous fait vous-même si vous aviez trouvé chez votre père...

CHRISTOPHE, V interrompant. Je vous ai déjà défendu , Muller, de me parler de mon père ! ( Changeant de ton. ) Au reste , il est inutile de prendre tant de détours ; je devine où vous en voulez venir : Conrad vous envoie près de moi pour que vous cherchiez à justifier la résistance opiniâtre qu'il m'oppose au sujet de son mariage avec la nièce de notre curé , mademoiselle Dubois : je vous préviens que tous vos efforts seront

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inutiles : ce mariage se fera parce que j'ai mis dans ma tète qu'il se ferait ; mon fils épousera la nièce du curé , ou bien je le renie pour mon fils, je le déshérite !... Vous m'entendez... reportez fidèlement à Conrad mes dernières paroles : Epoux de mademoiselle Dubois, sinon... déshérité !

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