SCENE Vil
CHRISTOPHE, LE CURÉ
LE CURÉ, très-gravement. Bonjour, monsieur Kuntz.
Christophe. Mon père , vous m'avez promis ce matin...
le CIRÉ. 11 y a des choses que je ne savais pas ce matin ; et vous n'espérez pas, sans doute, que je m'asseoirai à votre table après ce que je viens d'apprendre.
Christophe. Mon père, si j'ai pu vous offenser, pardonnez-moi.
LE CURÉ. Je suis venu pour vous dire que toute relation doit cesser entre nous, s'il est vrai, comme on vient de me l'assurer, que votre fils doive épouser la fille du pasteur Brown.
CHRISTOPHE , troublé. Quoi ! l'on vous a dit...
le CURÉ. Conrad s'est vanté tout haut d'avoir obtenu votre consentement, et c'est la première nouvelle dont m'a salué toutà-lheure un de vos valets, à mon arrivée chez vous. J'avoue qu'avant d'y croire . j'ai besoin de m'entendre confirmer le fait par vous-même. Répondez, monsieur, estil vrai que vous ayez donné votre consentement?
CHRISTOPHE , atterré. Je l'ai donné!
LE CURÉ , d'une voix menaçante. Ainsi vous faites alliance avec l'hérésie?...
CHRISTOPHE. Mon père , je n'ai pu résister aux prières de mon fils.
le cure. Et c'est sans doute aussi sur les prièies de votre fils que vous comptez pour obtenir du ciel le pardon de vos fautes, pour fléchir un Dieu vengeur, un Dieu justement irrité de votre crime ?
CHRISTOPHE, avec effroi. Mon père !...
LE CURÉ, plus jorti ment. J'ai dit de votre crime... et je n'ai pas menti, je pense. En auriez-vous déjà perdu le souvenir ? tournez les yeux de ce côté : osez regaider en face ces instrumens de meurtre... cette faux qui abattit la victime... ce couteau qui la frappée à mort. ..J'ai donc eu raison de vous détendre de 1rs faire disparaître ! Regardez-les, vous dis-je. ils vous rappel leiont que c'est aujouidhui le 11 novembre.
CHitiStOPHE. Mon père, mon père!...
je m'en souviens!... je déteste mon crime, je voudrais le réparer. .. Vous qui connaissez mon repentir...
LE CURÉ Osez-vous bien parler de votre repentir? Vous avez renié votreDieu, point de pardon pour vous ; le Dieu terrible vous Crie par ma bouche: « Malheur et malé- » diction sur vous pendant votre vie , et » après votre mort aussi malédiction ! »
CHRISTOPHE , hors de lui. Grâce! grâce ! mon Dieu, ne me maudissez pas... ne me maudissez pas pour l'éternité... Oh! je suis bien coupable!... mais votre miséricorde est grande, ô mon Dieu... pitié! pitié pour moi !...
Il tombe la face contre terre.
LE CURÉ, amèrement. Oui, vous demandez merci., vous implorez la pitié du Seigneur quand le ministre de ses vengeance!
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est là, devant vous , armé de l'anathèiue ; et dès que le courroux du ciel a passé, vous redevenez le pécheur endurci, vous rentrez dans le crime, et vous dites :« Il n'est plus » là... Je me repentirai demain. » Mais savez-vous , pécheur, qu'un jour viendra, jour suprême , qui ne sera pas suivi d'un antre jour, mais d'une éternité de souffrances pour le coupable qui ne se sera pas repenti? que ce jour peut venir demain , peut venir aujourd'hui , peut venir à chaque instant de votre vie? Savez-vous que s'il venait en ce moment vous seriez damné pour l'éternité! dites, le savez-vous?...
CHRISTOPHE , tremblant. Je le sais, mon père... je le sais... Mais que dois-je faire? comment apaiser mon juge'.'... comment sauver mon ame ?... Dites , mon père... j'obéirai... dites... qu'ordonnez-vous?...
LE CURÉ. Que vous ne conserviez aucun rapport d'amitié avec la famille Brown qui est une famille d'hérétiques.
Christophe. Je ne les verrai plus.
l.E CURÉ- Que le mariage projeté entre Conrad et leur fille soit rompu dès ce soir.
CHRISTOPHE. Il le sera, mou père. Conrad épousera votre nièce.. . si toutefois vous le permettez encore.
LE CURÉ. Il n'est point de sacrifice que je ne fasse pour assurer le bonheur d'un ami.
CHRISTOPHE. Ahî oui, vous êtes mon véritable, mon seul ami.
LE CURÉ. J'entends la voix de votre fils... je me retire dans la chambre voisine ; ma présence ici serait inutile, vous n'avez pas besoin de moi pour lui faire connaître vos volontés.
Christophe. Mon père , vous m'avez dicté mon devoir.
LE CURÉ. Point de faiblesse; songez que Dieu vous voit , et que de là je puis tout entendre.
Il entre dans la chambre à gauche.