‹ ThéâtreChapitre 385 sur 846 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

STR A FFO R T , e/< tn ntprêt i; itanimcnt, suivi

cTANNESLEY qui poite un flambeau </

Une liasse de. papiers.

STRAFFORT. Me voici donc arrivé! 01) !

que Londres est triste ci silencieuse, et que ce WLite-Hall est grand!.. Posez là ces lumières; approchez ce fauteuil... Aucun courrier ne m'a précéd : ici?

INNESLEY. Aucun, niilord.

STRAFFORT, à part. Butler est en retard. Allons, je L'attendrai.

wm.sley. iVlilord doit être fatigué?

STRAFFORT, s asseyant. Un vova peu ; de nia goutte, beaucoup; oui, Auuesley. Mais ce n'est pas tout : le plus fatigant de ce voyage, ce ne sera pas de l'avoir fait ; ce sera d'avoir %qurtté 1110:1 armée pour leur parlement..» J'étais dans le nord, à la tête de mes troupes, surveillant l'Ecosse et L'Irlande, inquiétant London et Lesly , déroutant les intrigues de lord Hamilton et les trahisons de lordSaville... Or, le bruit du camp me plaisait, le cliquetis des armes étourdissait nia goutte... Au lieu de cela, j'aurai ici le tumulte criard des avocats, les batailles de la chambre, et que sais-je encore ?.. le bruit de mes vitres cassées avec des boulets de j pierre, lorsque j'aurai mal parlé de quelques misérables qui m'en veulent , du comte de Rotbes, par exemple, ou du chevalier Clotwortby !.. Misère et pitié! Mais le roi l'a voulu : j'ai dû tout quitter... Me voici... Arrive que pourra!.. Ouelle heure est-il?

awesley. Neuf heures du matin. Avertirai-je ni i lad y de votre retour?

STRAFFORT. Non sans doute; il ne fait point encore jour chez elle... et j'en ai pour deux heures au moins à débrouiller tous ces papiers. Aussitôt cette besogne achevée, j'irai la saluer, cette pauvre Elisabeth !

awesley. M. Butler, le nouveau secré- 1! taire de riilord, ne l'a point accompagné | à Londres?

Stp.ai fokt. Non; mais je l'attends au-

fond ; une autre porte masquée , vois le troisième d'un corridor , caehee par une portière de tapisserie

jourd'hui même. 11 a dû prendre une autre foute que la mienne, et passer par Durham. Il me rapportera des nouvelles du corps d'armée que commande le major Smith... On s'est battu par là, et si nos troupes ont fait leur devoir. Durhain est à nous... In brave Anglais que ce Butler! el jue j'ai recommandé au roi comme un serviteur fidèle et dévoué. Vous m'avertirez aussitôt son arrivée ; n'y manquez pas. (.-t/iiicslry salue, et fait un pas pour sortir : Le comtf le rapptlte.) Ah! Auiushy, q .el qu'un e^t là dehors... un officier irlandais, je ne sais trop comment vous le désigner", du qu'il porte rarement le même costume. \ ous lui demanderez s'il ne se nomme pas M. Goring.. et s'il vous répond oui, vous me l'amènerez.

. \T.SLEY, désignant une petit'' porte cacher dans la tapisserie, à gauche du snectatpu-. L'introduirai-je par cette porte ?

Stuaffort. Non. Cette porte , vous le savez, est celle du roi, et vous pourriez le rencontrer dans le couloir. Il ne faut pas que sa gracieuse majesté se trouve face à face avec un pareil homme... {Montrant celle, du fond.) Vous entrerez par celle-

( Anneslev sort. )

STRAFFORT, parcourant les papiers.

Ce Goring qui sait tout ou que du

moins je paie pour tout savoir. . . doit avoir quelque chose à m'apprendre de vive voix.

C'est un homme précieux, ce Goring

qui va toujours regardant et écoutant , et cela avec une mémoire merveilleuse..

Quelle honte pourtant ! un officier ! mais bah! il iaut de ces gens-là... A oyons, en l'attendant, ces rapports écrits... « 5 mai 1640.» Jour de malheur !.. jour où fut dissous le dernier parlement! « Saint-Jean , « Elliot, Strodé, Selden! » Toujours remuans, toujours factieux!.. Oh! ces hommes ! comme ils me baissent! «M. Pym » celui-là surtout ! Continuons : « Puis en-

MAGASIN THÉÂTRAL

• core un certain V illiam ou Olivier » d'Huntingdon , député aux communes » pour le comté de ce nom... esprit inys- » tique et grossier, peu au lait des affaires » publiques : sorte d'aventurier qui se pré- » tend gentilhomme, et dont la mère diri- » geait une brasserie!» Et c'est avec de pareils hommes qu'il faut que la royauté se compromette! .. Où marchons-nous? Où allons-nous? grand Dieu!.. « Un brouillon qui parle mieux en latin qu'en anglais; grand docteur et grand disputeur, connu d'ailleurs pour son excessive dévotion : ce qu'on appelle un saint!.. 11 va régulièrement, soir et matin, dire sa prière à la chapelle de V\ faite-Hall. Auteur à la l'ois 'de pamphlets royalistes et parlementaires : de la Samarie anglaise et du Protée puritain. » Voici les deux libelles. « Peu à craindre, après tout, poulie moment. Un pédant d'école, bon tout au plus pour la tonsure, et qui vise à la mitre... -un pauvre homme qui n'a que deux amis à Londres : le charretier Pride et le boucher Harrisson. On lui en connaissait autrefois un troisième avec lequel il s'embarqua, il y a treize ans, pour la France, et qui se nommait sir Rober Cutler. » Cutler!... Je connais ce nom-là.. . Serait-ce Cutler du comté d'York?. .. « Pendant ce voyage sur le con- » tinent, il s'est compromis dans une aven- » ture fort scandaleuse , avec je ne sais » quelle petite fille du peuple, nommé Sa- « ra Mursel , qui habitait, il y a un an , » Paris avec sa tante, et qui loge depuis » hier à Londres, dans une maison de Lin- » eoln's-Inn, près de la maison Lamberth. » {Jetant h papier.') Mais quelle sottise à ce Goring de m'écrire un pareil caquetage, intéressant tout au plus pour la chambrière de ma femme ! Où diable cet homme-là va-t-il chercher tout ce qu'il nous rapporte ? Ah ! le voici !

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