SCENE VI
CHARLES, seul.
Straffort a raison. Quand cette protestation nous reviendra, couverte de trois nulle signatures, nous l'afficherons sur les portes de Westminster et nous verrons alors ce qu'en diront nos petits tribuns. Si, contre toute probabilité, la rébellion persiste, eh bien ! l'armée sera compromise, et il faudra qu'elle marche. Oh ! ce covenant d'Ecosse! ce parti infernal des presbytériens! ce drapeau du peuple levé contre le drapeau delà royauté! il semble, à le voir de loin planté sur la frontière, que ce soit un hochet ridicule , un épouvantait de théâtre , formé de quelques feuillets de la Bible, et de quelques lambeaux d'étoffe rouge. Mais, en le regardant bien et long-temps on reconnaît qu'il est fait avec une robe de cardinal, et que Richelieu en a fourni la pourpre ou le sang!
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sce:se vu.
CHARLES , STRAFFORT , rentrant fort agile.
STRAFFORT, s' approchant du roi. Maintenant, monsieur...
CHARLES, se retournant. Straffort!...
STRAFFORT. Le roi! sa majesté! ! !
CHARLES, lui tendant les bras. Straffort! mon cher Straffort ! {Straffort lui Laise la main et regarde ai/ tour de lui.) Eh bien ! qu'y a-t-il? Que ciiercliez-vous donc?
STRAFFORT. Rien, sire, rien. [Regarda//:' encore.) Rien.
CHARLES. Ah! milord, que je vous souhaitais ici! que j'avais besoin de vous! Pourquoi ne pas être venu plus tôt?
straffort. Sire, il fallait réparer l'échec de Newbura : il fallait prendre unvictorieuse revanche sur les troupes de Lesly. C'est ce que j'ai fait.
CHARLES. Et je vous approuve, milord.
straffort. Malheureusement un nouveau désastre...
Charles. Lequel?
STRAFFORT. J'apprends queDurham e>t au pouvoir des Ecossais.
CHARLES. Nous le reprendrons , pardieu! L'essentiel, milord, c'est que vous soyez ici, près de moi; car, pour Je moment, j'ai plus besoin de votre tête que de votre bras, et je crains moins les révoltés d'Ecosse que les rebelles de Londres.
STRAFFORT. La bonté de votre majesté leur a laissé prendre une attitude menaçante.
Charles. Que nous leur ferons perdre, n'est-ce pas ?
straffort. Cela est probable, si votre majesté a la force de vouloir.
Charles. Oui... certes... je veux, milord!.. et je n'ai pas voulu vous attendre pour vous en donner la preuve.
STRAFFORT. Comment, sire?
CHARLES, passant familièrement son liras sous c.lui de Straffort. Tu sais, milord, cette protestation que lu m'as envoyée poul'armée?
straffort. Oui, sire.
CHARLES. Elle est en ce moment sur le chemin de l'Ecosse.
straffort. Et vot'e majesté n'a confié une pièce de cette importance qu'à des mains dévouées, je suppose?
CH VULES. Je n'en pouvais choisir de plus sûres que celles de ton secrétaire.
STRAFFORT. Mon secrétaire!
CROMWELL
CHARLES. Oui, Butler, ton secrétaire , que lu m'as recommandé toi-même , et
que j'ai trouvé là , à cette table, feuilletant
des papiers...
straffort. Pardon, sire, je De comprends pas bien , j'espère que je me trompe...
Charles. Je te dis que j'ai chargé un homme, que j'ai trouvé ici, et qui m'a dit être ton secrétaire , de porter de ma part cette protestation à Goring, et de donner l'ordre à celui-ci de partir à l'instant pour lis frontières d'Ecosse.
stkaffort. Sire, il y a une malédiction sur L'Angleterre ! Dieu veuille qu'elle ne frappe que moi.
CHARLES. Que dis-tu i Straffort. Je dis, sire, que cet homme que vous avez pris pour mon secrétaire, que cet homme à qui vous avez confié un secret d'état... mortel... car il l'est: je dis que cet homme est un ennemi un rebelle... un collègue de Pym et de liampden... un parlementaire enfin !
chaules. Son nom ?
straffort Inconnu encore , mais qui se révélera comme un incendie , en dévorant : Olivier.
Charles. Et cet homme ?
STRAFFORT, /ronfla* les libelles sur la tulle. Je tenais son honneur entre mes mains, sire, et j'allais demander sa honte: mais voilà que vous avez remis ma vie entre les siennes, et il va demander ma tète.
Charles. Oh ! que me dis-tu là , Straffort ! ta tète ! et ne faul-d pas que je retire ma main royale pour qu'elle tombe? Ah!
maudite confiance, qui me jette toujours au-devant de quelque ennemi , la main ouverte et un secret sur les lèvres! Aveugle fatalité , qui me montre toujours un allié dans un adversaire, un dévouement dans une trahison !
owoiwawcoosoQiKwooaoo^wciwcooocoooccecgo
SCElAE VIII.
Les Mêmes, GORING , entrant pâle et essoufflé.
GORING. Milord ! milord ! {Apercevant le roi. ) Pardon , sire !
STRAFFORT. Parlez, qu'y a-t-il. .. vovons' GORIAG. Milord ! ' .
STRAFFORT, avec calme. Le roi vous or-
donne de parler, monsieur Goring, dites.
GORING. Milord, il y a un grand tumulte à la Chambre basse; M. Pym vous a accusé de trahison contre le peuple.
CHARLES. De trahison ! lui , SlraAori !
STRAFFORT. Après, monsieur Goring?
GORING. Mais cette accusation allait être repoussée par la majorité des communes... ^ Chari.es. Tu vois qu'il y a encore de l'honneur dans la vieille Angleterre.
STRAFFORT , souriant. Laissez achever , sire.
goring. Lorsque M. Olivier est entré précipitamment et a demandé la parole...
Charles. Olivier!...
goring. Alors il a lu une protestation à l'armée, signée de votre main... scellée du sceau du roi... un appel aux armes ou quelque ebose de semblable... on nevoulaitpas y croire... alors il l'a déposée sur le bureau... et chacun a pu reconnaître votre écriture, milord.
Straffort. Après.
goring. L'orateur a déclaré que la Chambre des communes était érigée en cour de justice. 11 a ordonné de faire sortir tous ceux qui n'étaient pas membres des communes. Il a fait fermer les portes de Westminster.
straffort. Eh bien ! sire , m'étais-je trompé ?
Charles. Ah! tu avais raison !.. je suis maudit !.... Mais, va , tes ennemis, Straffort , n'en sont pas où ils pensent. Ils dressent un bill d'accusation ; que nous importe ! ils n'oseront seulement le mettre aux voix. Qu'est-ce que le parlement, après tout? une assemblée de factieux que je puisl dissoudre en faisant prendre la masse d'argent sur le bureau de l'orateur... Un beau sceptre , pardieu ! pour le croiser avec le mien ! Bon espoir, milord ! la Chambre basse vous acuse; opposez -lui la Chambre haute. Allez droit aux lords et revenez ensuite à nous, qui sommes votre roi et votre ami. Partez , milord , et si c'est un duel qui se prépare, un duel de peuple à royauté , ne refusez pas d'être mon second.
straffort. Je me battrai avant vous , sire!..
Charles. Partez !
( Straffort lui baise la main et sort avec Goring. Le roi i entre par 1<; corridor de gauche. )
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