‹ ThéâtreChapitre 389 sur 846 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

SARA , Mme DAPPEL.

SARA. Et quand permettrez-vous , ma tante , qu^ je lui lasse savoir que nous sommes arrivées ?

madame dappel. Lorsque l'avocat que j'ai fait demander nous aura dit quel recours nous donnent contre cet homme les lois de l'Angletr"re. Tu as la promesse de mariage?

Sara. Oh ! ma tante , vous savez combien il me répugnera d'avoir recours a ce moyen ! Olivier m'aime , ou du moins il paraissait m'aimer, et je compte plus sur ma présence et sur les souvenirs qu'elle éveillera dans son cœur, que sur un chiffon de papier où il n'y a pas un mot d'amour. Croyez-moi , matante: ses lettres contiennent ses véritables engagemens ; car clans seslcttres il me dit qu'il m'aime et il m'appelle sa vie !

madame dappel. Pauvre enfant , qui ignores qu'il n'est point de souvenirs qui ne s'effacent ! point de promesses qui ne s'oublient !

SARA. Oui, oui ; mais quand je viendrai les lui rappeler, moi! quand je ferai revivre dans son cœur ces heures de douces promenades devantle donjon de Vincennes , dont les murailles le faisaient toujours rêver si profondément. ..

madame DArPEL. Oui , à sa politique maudite ! tu lui disais : Je vous aime , Olivier... et il se retournait vers son ami , lui montrait les tours de la prison royale et lui disait : Cutler , il ne faut happer les rois qu'à la tête... Souvenez-vous de cela ! SAïtA. Oui , je sais bien que de temps en temps des pensées aux ailes d'aigle l'enlevaient au ciel ; mais comme il retombait vite près de moi! comme la politique faisait promptement place à l'amour! qu'il y avait alors de douceur , de sincérité et d'enthousiasme dans les paroles qu'il me dis :it ! et moi, comme je t'écoutais avec bonheur tt ravissement ! J'aimais jusqu'à l'hésitation de son langage, lorsque l'expression propre venait à lui manquer pour me dire son amour; son silence d'un instant lui en fournissait quelqu'autre plus forte ou plus originale; j'aimais son accent étranger qui était plein de charme. Vous rappelez-vous, ma bonne tante, la difficulté

qu'il avait à prononcer votre nom , et qu'il vous appelait toujours mistriss au lieu de maiiamr !'

madame dappel. Oui. Mais te rappellestu aussi comme, à mesure que son amour pour toi s'augmenta , son amitié pour sir Robert Cutler se refroidit?

sara. Ma tante , n'était-ce pas bien simple ? il savait que sir Robert m'aimait, et que tout jeunes, il y a treize ans, nous avions été fiancés.

madame dappel. Te souviens-tu comme à leurs paroles amicales succédèrent des mots contraints , des relations froides , des sarcasmes amers?

SARA. Oui, oui , ma tante... et un jour vous me fîtes remarquer qu'ils ne se parlaient plus.

madame dappel. C'estpeude temps après que tous deux sortirent un matin , au point du jour , pour aller , disaient-ils , voir une dernière fois les tours de Vincennes.

SARA. Et un seul revint, n'est-ce pas n

madame dappel. Blessé.

sara. Mourant.

madame dappel. Il mour ut !.. l'autre...

SARA. Ne revint pas.

madame dappel. C'était Olivier, l'autre!

sara. Je le crus mort.

madame dappel. 11 était parti , parjure , et peut-être assassin...

sara. Oh ! ma tante , ma tante ! quelle pensée !

madame dappel. Et ne te souviens-tu pas que le seul mot que put prononcer Cutler , ce fut le nom d'Olivier ?

sara. Oh ! mais c'était pour dire qu'il ne fallait pas l'accuser.

madame dappel. Pauvre enfant ! N'importe : nous tenonsdoublementcethomme, toi par sa promesse , moi par un secret , et voilà pourquoi j'ai cherché d'abord un

avocat.

(Olivier entre.)

S\ra. Vous avez eu tort , ma tante ; il fallait lui écrire que nous étions arrivées.

madame dappel. Ma lettre ne l'aurait pas fait v< nir.

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