‹ ThéâtreChapitre 396 sur 846 · OLIVIER , GORING · texte numérisé non relu

OLIVIER , GORING

GORING , apercevant Olivier. Ah ! monsieur Olivier ! (// va à lui et le salue ; Olivier ne s'en aperçoit pas. Guring le salue une seconde fois.) Monsieur!

OLIVIER , tressaille et se retourne. Monsieur Goring! vous. vous trompez sans doute, monsieur?

GORING. Je vous prends pour l'honorable sir Olivier d'Huntingdon , monsieur, et je vous salue.

olivier. Il paraît que vous ignorez que je suis prisonnier dans ce palais de White- Hall.

GORING. Au contraire, je le sais.

OLIVIER , l'amenant en scène. Alors , monsieur, il s'est passé, depuis mon arrestation, quelque chose d'étrange, ou dans la ville ou dans le parlement ; contez-moi cela.

GORING. Volontiers, monsieur, etpuissé- "'£ être le premier à vous annoncer une bonne nouvelle!

olivier. Une bonne nouvelle?., entendons-nous, monsieur : une bonne nouvelle pour le comte de Straffort , votre maître , est une mauvaise nouvelle pour moi, et une bonne nouvelle pour moi en est une mauvaise pour le comte de Straffort.

GORING. La nouvelle est bonne pour vous , monsieur Olivier.

olivier. Et cela vous rend joyeux ?

GORING. On ne peut plus.

Olivier. Ce cher monsieur Goring ! J'ai toujours remarqué en lui un grand fond de tolérance politique , une appréciation si impartiale de toutes les opinions, qu'il ne savait à laquelle se rattacher. Voyons, monsieur Goring , quelle est cette bonne nouvelle qui vous rend si joyeux?

GORING. A peine le bruit s'est-il répandu que vous étiez retenu prisonnier , que le parlement s'est rassemblé. Le chevalier llampden, votre parent, a rappelé que

cette arrestation avait pour cause la pièce importante déposée par vous hier sur le bureau de l'orateur , et qui avait fait adopter le bill d'accusation. Pièce terrible!..

olivier. Ce cher Hampden!

GORING. Il a dit que vous étiez perdu si on laissait au ministre le temps de vous frapper, et que par conséquent il fallait se hâter de frapper le ministre. M. Pym alors s'est levé , a appuyé la motion de M. Hampden , et l'on a décidé qu'en attendant que le mode d'arrestation du ministre fût adopté , des troupes garderaient toutes les issues de White-Hall , afin que personne n'en pût sortir.

olivier. Alors vous avez quitté promptement la chambre, n'est-ce pas, pour venir ici prévenir le comte de ce qui se passait; et, lorsque vousm'avezvu, il s'est fait une révolution soudaine dans vos idées, un changement subit dans vos opinions; vous vous êtes dit : Puisque M. Olivier se trouve sur ma route , c'est la Providence qui l'y place ; Dieu m'avertit donc que c'est à lui que je dois confier ce que j'allais confier à sa grâce... Ce bon M. Goring !..

GORING. Oui, je me suis senti entraîner. olivier. Contre les lois de la pesanteur, vers celui qui monte ? c'est bizarre , mais cela s'est vu. Ah ça ! maintenant nous sommes bons amis , n'est-ce pas , monsieur Goring ?

GORING, s'inclinant. Monsieur!....

olivier. Or, les bons amis n'ont point de secrets l'un pour l'autre. Dites-moi, il y a bien à White-Hall quelque port edérobée donnant dans quelque rue déserte (Goring fait signe que oui), et par laquelle lord Straffort pourrait gagner la citadelle , pai exemple, où sont les troupes du roi; ce qu'il n'eût pas manqué de faire , si Dieu ne m'eût point placé sur votre route et ne vous eût point envoyé cet entraînement sympathique auquel vous avez cédé tout d'abord. Cette porte existe , n'est-ce pas , monsieur Goring?

GORING , désignant une petite porte au fond sur la droite. Ce corridor y conduit.

Olivier. Eh bien! arrangez-vous pour que d'ici à cinq minutes quatre hommes gardent cette issue. Vous n'hésiterez .pas à rendre ce service au parlement , j 'espère ? GORING. Hésiter! moi, monsieur! lorsque le parlement me fait l'honneur de me donner ses ordres par l'un de ses premiers organes ! Oh ! non , monsieur , je n'hésiterai pas et je vais...

OLIVIER, lui frappant sur l épaule. Cet e* timable monsieur Goring!.. allez...

(Goring sort.)

CROMWEIX.

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