LE MARCHAND
La mer est-elle ta propriété, Ango? Tes navires la parcourent seuls ; les nôtres sont à pourrir dans les quais. Tu t'enrichis , et nous nous ruinons... Est-ce juste cela, mes amis?
MATELOTS et OUVRIERS.
Non , non !
ANGO , aux marchands.
La fortune est aux hommes de cœur qui seuls osent affronter lesdangersdontelles'environne... Aux lâches la misère ! Le port de Dieppe ne s'ouvre-t-il que pour moi?
PREMIER MATELOT
Ango a raison.
ANGO
Peureux qui vous plaignez , je vous achète vos navires; dites le prix que vous en voulez!.. Ouvriers et matelots, on m'accuse devant vous d'être un despote et' un avare!.. A la besogne, compagnons : sur le'pont, matelots, je double le prix des engagemens et des journées , et je vous enrôle tous , voulez-vous ?
ANGO
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Oui!., oui .
ANGO
Je spécule "sur vos misères, je m'engraisse de vos sueurs , je m'enrichis de vos périls : ils vous ont encore dit cela, les menteurs! Eh bien , mes compatriotes , je vous envoie à la conquête d'un royaume; je vous envoie à Lisbonne la riche, à Lisbonne la ville d'or et de diamans.. Je vous la donne, cette fille ; vous la pillerez, vous la ruinerez, vous la brûlerez, et je n'en veux rien pour moi, rien... pas une brique de ses maisons... pas un écu de ses trésors , pas une perle de ses colliers!.. A vous!., à vous tout cela, mes amis ! A moi les drapeaux portugais ! à moi la vengeance! Dites, voulez-vous?
TOCS, avec enthousiasme.
Oui.,, oui!
PREMIER MATELOT
A genoux, camarades!., à genoux devant lui comme devant notre père, comme devant Dieu ! à genoux; et qu'il nous pardonne!
(Ils se mettent à genoux.) ANGO.
Oui, je veux être votre père... Relevez-vous, mes amis; oubliez vos torts d'aussi bon cœur que je vous les pardonne! Ne songeons tous, qu'à la gloire de Dieppe, de notre patrie ! (il va au baril qui brûle toujours et remplit une écuelle.) Dieppois, mes concitoyens, mes frères, je bois à l'éternelle renommée de cette ville.
TOUS
Vive Ango ! . .
(Les marchands s'enfuient.) PREMIER MATELOT.
Les voilà qui se sauvent à présent!.. Vengeons notre père ! Au feu les marchands ! (Les matelots courent après les marchands.) ANGO, les arrêtant.
Aux navires !.. aux navires ! (Les matelots s'arrêtent.) Celui qui dans dix minutes ne sera pas à son poste , pourra rester à Dieppe ; aux autres le voyage !.. aux autres le butin !
TOUS, se retirant en tumulte.
Vive Ango !