ANGO, GALL1ES
ANGO
L'orage a viré de bord... Ce n'est plus sur moi qu'il souille maintenant ; c'est sur eux... Si je voulais , un signe , un mot , et toutes les maisons de la ville s'allumeraient pour effacer l'incendie de la mienne... (Revenant à Gallies.) Eh bien, Gallies, mon pauvre matelot, comment te trouves-tu ?
GALLIES.
Moi?., très bien.
Mais... u'es-tu pas blessé?
(Il le fait asseoir à ses côtés.) GVLLIES.
Ah! bah!., je n'y pense plus... de te voir si grand tout à l'heure, cela m'a guéri... Tout de
même , tu as eu une bonne idée de crever ton cheval; car deux minutes plus tard, et Gallies n'aurait plus revu Ango... Ah ça'!... mais il me paraît que tu as fait un bon voyage ? Est-ce bien beau Paris?
ANGO
Oui... mon ami... oui... c'est très beau.
GALLIES.
Tu as vu le roi ?
ANGO
Oui... je l'ai vu.
GALLIES.
Et vous vous êtes arrangés ensemble , je vois cela... 11 a compris notre affaire... il t'a donné plein pouvoir pour déclarer en son nom la guerre au Portugal. Tout est prêt ici pour la chose... les ordres que tu avais donnés avant ton départ ont été exécutés; allons, c'est un brave homme le monarque ; j'avais tort de t'empècher de l'aller trouver... Le capitaine Parmentier avait bien raison de le vanter; il me citait encore hier cette fameuse lettre à madame d'Angoulème , après la bataille de Pavie.
Ah! oui... « Tout est perdu, excepté l'honneur. » L'honneur ! . . l'honneur !.. et François Ier. Cette lettre est un mensonge, Gallies; cette lettre n'a jamais été écrite... François I", le roi de France , est plus méprisable cent fois que le dernier des bandits qui tout à l'heure saccageaient ma maison.
GALLIES.
Qu'est-ce que tu dis donc là ?
ANGO
Je dis qu'à la cour du roi de France , il n'y a que lâcheté; je dis que les nobles seigneurs qui la composent sont un ramas d'infâmes, ayant à leur tète le plus infâme de tous, le roi ! je dis qu'ils m'ont ri au nez , quand je leur ai parlé d'honneur et de justice ; qu'ils m'ont traité de fou , lorsque , dans ma franchise de marin , j'ai déclaré le roi solidaire de l'insulte faite à mon pavillon.
GALLIES.
Voilà... tu t'y seras mal pris... Je t'avais tant recommandé de leur parler poliment... J'aurais dû y aller , moi !
ANGO
Sais-tu comment j'ai été accueilli dans cette ville?.. On m'a arrêté; on m'a jeté, chargé de chaînes , sur la paille pourrie , au milieu de la vermine d'un cachot, en me disant que j'étais hérétique, et que j'allais être brûlé...
GALLIES.
Brûlé!..
Oui... brûlé !..
GALLIES.
Brûler un matelot!.. Cette idée!.. Et pourquoi?
ANGO
Est-ce que je sais? Il y avait bal à la cour le lendemain , on voulait un bûcher pour éclairer la fête... J'étais là... on m'a pris... Et puis, en comptant les tètes, ils ont trouvé la mienne de trop... alors on m'a laissé aller...