‹ ThéâtreChapitre 536 sur 846 · SCENE PREMIER.E · texte numérisé non relu

SCENE PREMIER.E

LA COMTESSE, sa NOURRICE.

L\ comtesse. Ainsi , uourrice, le comte est parti ?

lanouuuice. Oui, madame; on l'a vu prendre vers midi la route d'Italie avec toute sa suite.

LA comtesse. Et mon page n'est pas encore revenu?

lanouuuice. Pas encore, madame.

la comtesse. Que fait donc cet enfant?

où est-il ? A quoi pense-t-il donc, mon Dieu ! de me laisser ainsi toute une ' journée dans l'inquiétude?

LA nouriuce. Que pouvez-vous craindre?

LA COMTESSE. Je crains pour lui quelque accident fâcheux ; je crains pour cette malheureuse lettre, qui peut avoir été perdue ou surprise. Je crains pour maître Pierre, que je n'ai pas vu depuis qu'il a passé ce matin sous mes fenêtres.

la noiruice. Yous avez tort, madame, d'être triste à cause de cela : il est tout simple que cela se passe de la sorte. Ce page est un jeune homme curieux et étourdi qui, n'ayant pas encore vu de grande ville , aura profité de sa première sortie pour visiter Chambéry d'un hout à l'autre et qui ne sait peut-être pas maintenant comment rentrer à l'hôtel. Si la lettre avait été perdue, vous en auriez déjà entendu parler, et, quant à maître Pierre, il fait preuve de bon sens en ne se montrant pas avant l'heure indiquée.

la comtesse. Je souhaite que tu aies raison. Dis-moi, bonne nourrice , es-tu bien sûre que je n'ai pas mal fait d'écrire à ce jeune homme?

la nouurice. Certainement. Yous avez un message à lui donner pour les gens de vos terres près desquelles il demeure : vous le faites venir pour lui en parler, c'est tout naturel.

LA comtesse. Mais c'est que j'ai choisi le moment où mon mari était absent, pour parler à ce jeune homme?

lanouuuice. Qu'est-ce que cela fait,

madame? Monseigneur le comte est violent d'humeur et difficile à vos moindres volontés. Vous pouvez donc bien faire à son insu ce qui vous convient, quand cela n'est pas mal. Ah! s'il s'agissait d'un gentilhomme... je ne dis pas ; mais un paysan...

LA comtesse. Est-ce que tu trouves qu'il ressemble à un paysan? Moi, je lui trouve l'air très-noble.

la NOUuuiCE. Qui ça? maître Pierre?

Moi, je l'ai toujours vu fort mal mis.

la comtesse. Oh! pour mal mis, non.

Tu veux sans doute parler de l'étoffe, qui est un peu grossière. Alais ses habits ont sur lui fort bonne grâce. Quelquefois je me dis que c'est peut-être un enfant de grande famille, qui aura été élevé en secret dans les montagnes.

LA nouuuice. Pour cela, madame, je puis vous répondre du contraire. C'est bel et bien le fils du bonhomme Tard y , car j'étais à son baptême.

(On entend une -voix qui chante dans la rue.)

LA COMTESSE, se levant. C'est lui!., écoute.

LA nouruice. Quand on parle de quelqu'un...

la comtesse. Descends , descends , bonne, et fais- le entrer bien vite.

la nouruice, s'en allant. Oui, madame.

Au fait, il faut qu'il soit fou pour chanter ainsi à plein gosier, quand on lui a recommandé le secret. Ces paysans...

(Elle sort.)

la comtesse, seule. Que chante-t-il ?

voix dais la vue.

Lé z'armailli dei colomhettc , Dé bon matin se san lrha...

Ah ! ali ! ah ! ah ! ah ! ah ! ah ! ah !

LA COMTESSE. Le ranz des vaches! C'est pour me rappeler les jours que nous avons passés ensemble dans les montagnes. Pauvre Pierre!... en pensant que je vais le voir, là, près de moi, dans cette chambre, je tremble à la fois de bonheur et de crainte... Trembler! pourquoi? je veux lui parler de son pays que j'aime, et voilà tout... O Dieu! le voilà.

LE PAYSAN DES ALPES

1 v Nommer. Madame la comtesse, ferai-je entrer mat ire Pierre?

LA comtesse. Oui, tua bonne... prie-le d'entrer et laisse-nous.

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