‹ ThéâtreChapitre 602 sur 846 · LE BARON, EULALIE · texte numérisé non relu

LE BARON, EULALIE

le barox. Eh bien! madame, me voici ï vous ne vous attendiez pas si tôt au plaisir de me revoir.

eulalie , avec douceur. Vous m'avez accoutumée à ces surprises-là , monsieur.

le baron. Oui , j'aime assez à surprendre mon monde: ce n'est uas tou:ours une

MAGASIN THEATKAL.

chose fort agréable. .. mon arrivée dérange, sans doute, quelques projets... quelques parties de plaisir.. . car vous avez dû beaucoup vous amuser en mon absence.

eulalie. Mon Dieu! monsieur, je suis allée plusieurs fois voir nia cousine et passer la journée chez elle ; j'ai été avec maman au salon , et avant-hier nous sommes allés en lamille au Gymnase.

LE BARON. Et il ne vous serait pas venu dans l'idée de venir voir votre mari à Saint-Quentin.

eulalie. Si vous m'en aviez témoigné le désir ?

LE baron. Quand on aime son mari...

ce désir- là vient de lui-même.

eulalie. Je vous ai proposé de partir avec vous, vous m'avez refusée...

le baron. Une fois... vous n'avez pas insisté...

eulalie. J'ai craint de vous contrarier.

LE BARON. S'il s'était agi d'un bal , d'une fête... vous ne vous en seriez pas tenue à un premier refus... vous seriez revenue dix fois à la charge.

eulalie. Oui... je l'avoue... cela m'est arrivé , et souvent je n'ai pas été plus heureuse à la dixième fois qu'à la première.

LE baron. Mais les devoirs d'épouse vous pèsent... votre mari vous ennuie... N'estce pas que je vous ennuie? et pourtant vous aviez un prétexte tout naturel pour faire ce voyage , si vous l'aviez voulu. C'est ma fermière qui nourrit l'enfant de votre cousine... et en qualité de sa marraine vous auriez pu désirer de le voir.

eulalie. Nous avons réfléchi que cela ferait plus de plaisir à maman... et c'est elle qui doit remplir les fonctions que j'avais d'abord acceptées.

LE BARON. Je crois que cela vaudra mieux pour tout le monde... car je n'ai pas dans l'idée que vous aimiez beaucoup les enfans... jevous ai souvent vue, quand nous en rencontrions, et de fort jolis, détourner la vue... comme si vous éprouviez à les regarder un sentiment pénible.

eulalie. Oui... c'est vrai.,, vous avez raison.

LE BARON. Quand on n'aime que son plaisir, quand on est une épouse... indifférente, il est à présumer qu'on eût été une mauvaise mère...

eulalie. Une mauvaise mère! moi!...

Ah! si Dieu m'avait faite mère, que mon existence aurait été différente!., mère!... au moins, j'aurais eu quelqu'un à aimer!.. en l'aûsence de tout autre sentiment, l'amour maternel aurait occupé mon coeur,

rempli toute ma vie!.. Un enfant! oh! comme je l'aurais aimé, adoré!., un fils, il eût fait mon orgueil et ma gloire... une fille, elle eût été mon bonheur ma consolation Avec quelle tendresse j'aurais

veillé sur elle!... comme j'aurais épié ses

progrès... dirigé son éducation formé

son cœur, guidé ses sentimens! . . . ah ! je ne l'aurais pas jetée, jeune et belle, dans les bras d'un vieillard.

LE baron. Un vieillard, madame...

eulalie. Je ne vous aime pas, ditesvous! et qu'avez-vous fait pour être aimé? \ous avez sevré ma jeunesse de tous les plaisirs qu'elle avait droit d'espérer... les bals, les spectacles, les concerts, les promenades, tout vous ennuie. . . le monde vous fait peur... le premier venu qui me regarde, qui me parle... est un séducteur dont je suis prête à accueillir les hommages... et, pour rassurer votre esprit inquiet et jaloux , il a fallu me résigner, moi, jeune et jolie, à vivre, en solitaire, en recluse... me sacrifier à vos humeurs, à vos caprices.

le baron. Et la fortune dont j'ai payé votre main !

eulalie. Ah! nous y voilà!. .je vous ai achetée, vous êtes à moi... en vertu de je ne sais quel article du Code... Eh! monsieur, j'avais dix -sept ans quand j'ai ratifié le marché passé par mon père et ma mère . . . sait-on ce qu'on fait à dix-sept ans? j'étais mineure, suivant vos lois, qui ne permettent pas à une jeune fille de disposer de sa fortune... et qui l'autorisent à disposer detoute son existence ! mes parens m'ont-ils consultée quand ils m'ont vendue?., vous connaissais- je? avais-je étudié votre caractère?.. Je ne vous aime pas!., ah! j'aurais pu vous aimer!., non d'amour , la différence de nos âges s'y oppose... mais de l'amitié la plus tendre, la plus sincère , si, plein d indulgence pour les goûts de mon âge, qui ont aussi été les goûts de votre jeunesse, vous aviez eu pour moi la tendresse d'un père ou le dévouement d'un ami.

le baron. Et à vingt ans, madame, saiton ce que l'on fait?

eulalie. On sait du moins ce que l'on pense.

le baron. Et ce qu'on écrit?... Connaissez-vous cette écriture?

eulalie. C'est la mienne...

LE baron. Et ces petites feuilles détachées ?

eulalie. Quoi ! monsieur vous avez été assez indiscret ?...

le baron. Votre secrétaire, était ouvert.

EULALIE ORANGER

EULALIE, àpart. Imprudente!

Dobreuil entre; étonné, il s'arrête daus lefond.

Li". BARON. Maintenant, madame , vous me direz à qui s'adressent ces pensées d'amour, ces souvenirs si profondément gravés dans votre cœur : Son image me suit oar/out ; il nest pas absent pour moi ; avec lui la vie eût été trop heureuse! Ah! nos lions vous fatiguent, vous voudriez les rompre... eh bien! madame, ils seront brisés. La loi qui punit les femmes adultères, la loi qui prend en main la défense de l'époux outragé prononcera entre nous deux, et les preuves à la main.

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SCErSE VI.

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