SCENE VII
Mme GRANGER, EULALIE, CÉLES-
T1NE, Mœe LAROCHE.
EULALIE. Ah ! ma mère, vous avez fait le malheur de ma vie...
Mœe LAnocni:. Ton malheur!
Mme GRANGER. Calme-toi, mon enfant...
CÉL!.sti\e. Oui...
EULAi>iE. Me calmer!... quand il m'accuse d'avoir attenté à ses jours!.. Ah! le misérable !.. il me juge d'après lui, d'après son cœur...
]Mme GRANGER. Que dis-tu ?
eulalie. Ah ! tu le sais, toi , ma chère Célevtine, toi à qui j'ai confié mes peines... mes chagrins ; depuis trois ans je suis la plus malheureuse des femmes...
Mme LAROCHE. Mais c'est impossible !
^élestine , à part. Oh ' non , ce n'est pas impossible.
eulalie. Au sein de cette opulence que tant de regards m'ont enviée... j'ai verséplus de larmes... enduré plus de tourmens!.. }'ai été méconnue... humiliée — méprisée... ah ! ma mère.... voilà le bonheur que vous m'avez fait !
Mme GRANGER. Mon enfant... la douleur t'égare... tu es injuste.
eulalie. Ah ! pourquoi n'avez-vous pas pensé que cette jeune fille si timide et si franche avait besoin de trouver un cœur jui répondît au sien?., pourquoi l'avezvous pressée, quand elle s'ignorait encore, de former des nœuds que rien ne pouvait plus rompre.'., pourquoi l'avez-vous déshéritée à plaisir de ces sentimens d'amour et de tendresse cjui ont fait le bonheur de votre vie?., car enfin mon père, vous 1 avez aimé... vous étiez du même âge quand vous l'avez épousé... et vous saviez bien que notre cœur ne perd jamais ses droits.
Mme GRANGER , émue. Eulalie ! Eulalie !
CÉLESTINE. Ma cousine...
eulalie. En m 'unissant à un homme que je ne pouvais aimer , ma mère. . . vous m'avez exposée au malheur d'en aimer un autre...
Mme GRANGER. Malheureux enfant !...
qu'oses-tu dire !..
Mme LAROCHE. En aimer un autre !
EULALIE. Ah ! votre fille n'a jamais trahi ses devoirs ! Si elle était coupable, viendrait-elle se réfugier sur le sein de sa mère ? ( Elles s'embrassent. )Mais le malheureux qui depuis trois ans l'opprime et l'insulte... n'en poursuivra pas moins sa vengeance... par lui je serai accus traînée devant les tribunaux... à sa honte, j'en sortirai innocente et libre... mais le
soupçon n en aura pas moins empoisonne, flétri mon existence.
CÉlestim: , à sa mère. M'en voudrezvous encore de me croire heureuse?
Mme LAROCHE. Ah!., qui aurait dit ça ?
Mme Gf. INGER. Mais tu t'alarmesà tort... mon enfant, les choses ne peuvent pas être poussées aussi loin que tu le crains...