‹ ThéâtreChapitre 629 sur 846 · GRANGER · texte numérisé non relu

GRANGER

Mme GRANGER. Eh bien ! Dubreuil !

dubreuil. Il ne veut rien entendre.

Mœe GRANGER, et les autres. Rien?

EULALIE. Ah! moi qui le connais, je n'ai pas un seul instant douté de l'inutilité de vos démarches.

dubreuil. J'ai eu beau lui représenter combien ses accusations à votre égard seraient fausses, ridicules, dénuées de toute espèce de vraisemblance, un rire amer était la seule réponse que j'en obtenais... Mais ce qui le maintient dans le pmj t qu'il a formé , ce sont ces malheureu <s lettres trouvées dans le jardin... près du mur ébréché... la lecture de ces lettres l'a

rendu furieux, implacable Il paraît

qu'un des domestiques du baron entretenait une correspondance active avec votre cousin...

Mme GRANGER. Ton cousin ?

Mme LAROCHE. Mon fils !

EULALIE. Jusqu'à ce moment, j'ignorais cette correspondance. Je n'attribuais le renvoi de Julien qu'à l'intérêt que ce domestique me témoignait et au refus qu'il avait fait d'épier mes actions et de rapporter mes paroles.

Mme granger. Comment! c'en est à ce point là !

eulalie. Ah ! vous ne pouvez pas vous faire une idée de tout ce que j'ai eu à souffrir de l'injustice et de la jalousie effrénée de cet homme... mais son abominable méchanceté sera du moins trompée dans son attente : au lieu de deux victimes, il n'en aura qu'une, celle qui depuis long- temps est habituée à gémir... mais Charles échap] era à sa vengeance... Charles a quitté le pays...

SCEINE IX.

Les Mêmes , CHARLES.

Charles. Non , madame.

EULALIE. Charles!

dubreuil. L'imprudent !

GRA;\ger. Mon neveu!...

Mnie LAROCHE , aoec sévérité. Mon fils , votre présence ici!..

EULALIE GHAMiER.

ciiAnLES. Ma mère , j'accomplis le devoir d'un honnête homme.

Mme LAROCHE. Mais, malheureux!

chaules. Je viens à l'instant d'être informé que dos bruits mensongers circulent... qu'ils attaquent l'honneur de ma cousine... je me suis hâté d'accourir pour en prouver, la fausseté.

CÈLESTINE. Eh! mon ami, ta présence ne fera que les confirmer, ces bruits!...

cuari.es. Ma sœur, le coupable s'enfuit... 1 innocent reste.

Di'BREUiL. Quand on vient de soi-même s'offrir au coup qui vous menace, c'est que la conscience ne vous reproche rien.

Charles. Rien , ma mère , rien.

Mme LAROCHE. Dieu le veuille !

CHARLES. Je suis prêt à lui rendre compte de toutes les actions de ma vie... jamais la pensée d'un crime n'est entrée dans le cœur de votre fils...

dubreuil. Charles , il y a dans votre démarche une loyauté que j'approuve et une imprudence que je blâme.

Charles. La prudence est souvent lâcheté.

dubreuil. Innocent ou non , du moment que vous serez accusé par le général... on vous arrêtera... Avant qu'on ait commencé l'instruction de votre affaire... il s'écoulera six mois peut-être, six mois de prison... pour un coupable, ce n'est rien... mais pour un innocent !...

Mme LAROCHE. Six mois de prison!

DUBREUIL. Au bout desquels on pourra vous dire : Monsieur, nous sommes bien fâchés , vous êtes malade, vous êtes ruiné, mais vous êtes innocent. Serez-vous aussi utile à votre cousine emprisonné que libre? non... je dis plus : votre présence en ces lieux lui sera funeste. Le général, qui hésitera peut-être à accuser sa femme quand elle sera seule... n'hésitera plus quand il pourra vous atteindre... et, sans le vouloir , vous aurez contribué à perdre celle que vous voulez sauver...

CÉlestine. Oui, mon frère... oui...

M. Dubreuil a raison.

EULALIE. Cédez , Charles... cédez... eh! ne sera-t-ilpas toujours temps de vous exposer ?..

Charles. Fuir, c'est m'avouer coupable.

dubreuil. Moi , l'ami du général... je vous offre à Paris ma maison pour retraite... c'est presque un verdict d'acquittement.

TOUS, se pressant autour de lui. Mon ami, mon fils, mon neveu , mon frère... cédez.

Charles , faisant un mouvement. Vous le voulez... vous l'exigez ?,*

SCEMK \.

Les Mêmes , LU B-VROJV, le bras en ècKurpe, ETIENNE, Laquais.

LE BARON, se plaçant à la porte. Vous ne sortirez pas!

TOUS. Ciel!

LE baro\, à Charles. Misérable assassin... tu crois par la fuite te dérober à ma vengeance... elle t'atteindrait partout.

Charles. Monsieur, si le malheur a des droits. .. il ne donne à personne le privilège de la calomnie.

LE baron. Te calomnier ! .. . moi !

Mme LAROCHE, passant devant Charles.

C'est mon fils, entendez-vous?., je réponds de lui.

CÉLESTINE , V entourant de ses bras. C'est mon frère , monsieur , il est innocent.

LE BARON , avec dédain a sa femme. Et vous aussi , n'est-ce pas , madame ?

eulalie, avec force. Je le jure devant Dieu.

LE baron. C'est devant vos juges qu'il faudra le prouver

tous. Des juges!

LE baron. C'est devant eux qu'il faudra démentir le témoignage accablant de cet homme. (// montre le laquais. Mouvement.'] Ah ! il faut qu'un de nous deux meure pour que l'autre soit heureux ! vous l'avez dit. {Mouvement.) Le matin vous demandiez ma mort... le soir vous me faisiez assassiner.

eulalie , avec force. Non , non , vous ne le croyez pas.

DUBREUIL, avec beaucoup d'énergie. Elle a raison, tu ne le crois pas... rien, dans la conduite de ta femme, n'autorise une pareille accusation.

LE Général , à Dubreuil. Fais-toi l'avocat du meurtre, de l'adultère.

CHARLES, avec noblesse. Eh bien! oui, je ne crains pas de l'avouer publiquement, je suis coupable, et sur moi seul doit retomber toute votre colère, toute votre vengeance...

Mme LAROCHE. Mon fils!

Charles. J'aime ma cousine j'ai

cherché à m'en faire aimer... pour y parvenir, j'ai employé tous les moyens que la passion a pu me suggérer.., et tous mes soins n'ont abouti qu'à faire éclater la pureté de son ame et la noblesse de ses sentimens. . . Malgré mes prières, les preuves multipliées de l'amour le plus pur... le plus sincère... Eulalie est restée fidèle à l'homme qui menace aujourd'hui la vie de cet ange!... je l'atteste sur l'honneur. . . sur ma vie» . . mr &}]* desnamère!. .

MAGASLN THEATRAL.

m— LAROCHE, avec douleur. Ah! Charli 9! LE GÉNÉRAL. Et pourquoi voug-êtes vous

chargé d'une mission qui ne vous était pas confiée?

CHARLES. Moi!

le GÉNÉRAL. Dans quel but aviez-vous corrompu un de mes domestiques qui vous rendait un compte fidèle... demesactions ?

CHARLES. Monsieur!... monsieur... celui qui a dit. ..

LE général. Vos lettres... vos papiers sont maintenant sous les yeux de la justice.

Grand mouvement.

Mme laroche. Vousavez dénoncé mon fils!

CHARLES. Ma mère!

M",e LAROCHE. Laisse-moi!

Mne Changer. Vous avez déshonoré ma fille!

LE général. J'ai fait ce que j'ai dû.

lulalie. Ma mère... Charles vous Ta dit, nous sommes innocens.

Mme laroche. Savez-vous , monsieur, que vous attaquez une famille qui a tou- . jours marché tète levée?

durreuil. Ah ! tu vaux moins que je ne pensais... car, en rapportant ici tes menaces extravagantes, moi-même je n'y croyais pas!., et tu n'as pas reculé devant l'épouvantable idée d'une publicité qui va te vouer au mépris!... au ridicule! te séparer de la femme que tu as aimée !

le général. Point de pitié pour les coupables.

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