‹ ThéâtreChapitre 633 sur 846 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les Mêmes, MICHEL, arrivant une bouteille de sauvetage à la main. Un instant après, HENRI DE MARSAY, enveloppé d'un manteau, traverse la scène et s'arrête au fond, où il parait écouter.

MICHEL. Madame, madame, une bouteille de sauvetage qu'on vient de recueillir à la côte, et j'ai reconnu le cachet de M. Cerdic, quoique la mer l'ait bien endommagé.

MARIANNE. C'est de mon mari... ce sont de se^- nouvelles, voyons... (Elle brise la bouteille et en tire nu papier. Lisant.) « A bord du Prométhée , 12 septembre » 1785... six heures du soir... » {Haut.) C'était hier. (Lisant.) « No ;s sommes en » vue des côtes; mais le navire, avarié » par les combats que nous avons gagnés » sur l'Anglais, ne peut résister à l'orage » plus de vingt-quatre heures; si le niau- » vais temps se prolonge au-delà , nous » n'avons plus d'espoir de salut. Priez » pour nous ; adieu à Marianne et à An- » gélique, si je ne les revois pas. '•

Charles Cerdic. »

* Gervaise, Marianne, -Michel, Jean, Hemià droite au fond.

GERVAISE. Grand Dieu! ...

Marianne. Vingt-quatre heures!., mais

elles sont presque écoulées déjà... et le

I temps couvert partout... et le vent plus

terrible que jamais Ah! mon mari est

perdu!...

HENRI, à part. Bientôt veuve peut-être!

Oh! mon Dieu! pardonne-moi la joie que me donne cette pensée ; c'est encore la moius coupable !...

Il disparaît.

gervaise. Pauvre M. Cerdic!..

MICHEL. Et dire qu'on ne peut pas le se- | courir !...

MARIANNE. Oh ! que devenir !... . Mes

| amis, invoquez avec moi le secours du

j ciel... Mais la prière d'un enfant doit at-

i tendrir Dieu; joins tes petites mains, mon

Angélique; demande le salut de ton père !

| ( Ils se jettent ci genoux et prient ; ou même.

instant on entend des chants joyeux sortir de

la taverne.) Qui ose chanter ainsi?... qui

ose se livrer à la joie devant la mort qui

menace nos frères?...

Michel. Qui? est-ce que ça se demande?.. Ce sont les gardes du pavillon... ils ont passé la nuit à boire dans ce cabaret, et ils se réveillent pour recommencer sans doute.

Marianne. Mais au milieu des dangers qui nous menacent... ah! c'est infâme!... JNon contens de nous persécuter dans nos fêtes, ils nous insultent dans nos malheurs!...

MICHEL. Ils ne respectent rien, ces mécréans! Dieu! que je voudrais en étrangler un, quand ce ne serait que pour l'empêcher de chanter!

Marianne. Maisjene me trompe pas

les nuages se dissipent... et du côté d'où vient le vent, le temps se lève... oui, voilà un rayon de soleil... ah! il y a encore de l'espoir!... Oui, la prière de mon Angélique a été entendue ; il n'ya pas de voix plus forte auprès du ciel que celle de l'enfant qui demande grâce pour son père!,...

JEAN. Et tenez, Gervaise, voici Eloiqui

revient et cette autre barque C'est

mon père ! oh ! quel bonheur !

Michel. C'est pourtant cette Vierge-là qui a fait tout ça; quand je vous disais que c'est la meilleure du pays.

Des barques paraissent au rivage-, les pêcheurs en descendent, et se jettent dans les bras de leurs familles.

Marianne. Gervaise, cette fois, je l'espère, nous reverrons aussi ton maître; je vais moi-même à l'amirauté savoir si l'on a quelques nouvelles par les signaux .

L'OFFICIER BLEI ■

Toi, pendantfce temps, cours chez mon ..: i.\ re, et tu i éprendras cette Imite qu'Angélique avait cassée eu jouant, et à laquelle j'attache tant de prix... Adieu, mon entant, je \ai> revenir.

Marianne se dirige vers la ville; Gervaise reconduit Angélique; Lescbanta continuent diiib la taverne.

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