SCENE IL
Les Mêmes, MICHEL, JEAN.
MlCnEL. Victoire !... victoire!... nous sommes de retour... nous sommes vainqueurs !. . .
jean. Qui? nous?...
MICHEL. Nous! M. Cerdic! il est dans Brest.
Marianne. Mon mari !...
miciiel. Lui-même!... Il a filé cette nuit, comme un esturgeon, entre tous les vaisseaux anglais ; ce matin , les derniers bâtimens de l'ennemi l'ont reconnu et ont voulu lui donner la chasse ; ils se sont pris aux cheveux avec le capitaine. .. mais celuici les a si brusquement coudoyés qu'il est entré triomphant dans le port malgré eux... à présent nous sommes invincibles,
MAGASIN THEATRAL
et nous irons ce soir mettre le feu avec lui ; à la flotte ennemie !. . . quand je dis nous... c'est-à-dire lui !
MARIANNE. Cerdic! mon Dieu! il revient, et ce n'est pas pour moi !
MICHEL. Nous avons voulu le ramener en triomphe dans sa maison ; mais il s'y est refusé...
Marianne , à part. Jele prévoyais bien...
MICHEL. Mais, quand on lui a dit que le représentant y demeurait, il a consenti à y revenir pour demander au représentant la grâce définitive de deux gardes du pavillon que nous avons arrachés au peuple. . . quand je dis nous...
MARIANNE. Comment! que dis-tu? il a sauvé...
MICHEL. Oui, Jean va vous conter ça, c'était dans la prison... je n'y étais pas, parce que, moi, quand on se bat, c'est étonnant, ça me fait un effet... sans ça, j'aurais beaucoup aimé la guerre.
JEAN*. Oui, voilà ce qui en est... vous savez, madame, que, depuis queje me suis établi à Brest, la maison que j'ai achetée de mes petites économies a été incendiée, même que mon enfant a manqué périr et qu'il a été sauvé par un garde du pavillon que je n'ai pas eu le temps de voir, et qui ne m'a laissé d'autre trace de son passage qu'une aiguillette tombée dans les décombres... j'étais donc aujourd'hui de garde à la porte de la prison, et j'entendais le tapage qui s'y faisait, les cris : A mort les gardes du pavillon !... la voix de M. Cerdic, qui venait d'an i ver, et qui demandait grâce pour eux... quand tout-à-coup je vois venir à moi M. Cerdic, qui me dit : 11 ne reste plus que deux gardes du pavillon... l'un d'eux , j'en suis certain, est le sauveur de ton enfant... ne souffre pas qu'on les massacre ! Alors je ne me le fais pas dire deux fois; nous rentrons dans la prison... il était temps... ils se défendaient comme de beaux diables ; mais ils allaient succomber... Je dis aux camarades que l'un des deux a sauvé un enfant du peuple... je presse, je supplie, et nous obtenons enfin un sursis.
Marianne, à part. Mon Dieu! pardonnemoi la joie que ces mots font naître en mon cœur...
On entend aier : Vive le citoyen Cerdic!
MICHEL. Ali! j'entends M. Cerdic... Il arrive porté en triomphe par le peuple... INous arrivons...
Marianne. Mon mari!... ah! rentrons, Gervaise... Je ne me sens pas encore la force de braver sa présence et sa colère... * Gervaise, Marianne, Jean, Michel.