RITA, HENRI
nE\Rl. Enfin r.ous sommes seuls, Rita, et je puis vous parler sans contrainte... je puis vous dire tout ce qu'il y a dans mon
aine de bonheur inespéré non pour
toutes ces faveurs qui viennent pleuvoir sur ma tète... eh ! que me feraient à moi les tities et la grandeur... si vous me gardiez voue haine?... mais ces faveurs, elles me viennent de vous; mais vous me tendez une main protectrice, à moi, qui fus envers vous impitoyable. Ah! cette clémence m'accable et me confond....
celte clémence est au-dessus de l'humanité, et je croyais, oui, je croyais, jusqu'à ce jour, que Dieu seul pouvait pardonner ainsi.
RITA , froidement, en montrant du doigt un siège à lie/ni. Que monsieur le comte veuille bien s'asseoir, et me prêter toute son attention. {Henri la regarde, cherche à deviner sa pensée, et s'assied machinalement. Elle reprend.) Cette clémence, en effet, serait plus qu'humaine, et vous disiez vrai, Dieu seul peut pardonner ainsi...
mais moi, moi, je ne suis qu'une pauvre femme, il ne m'est pas donné d'atteindre sur la terre à cette perfection qui se trouve seulement dans le ciel, et j'éprouve au fond du cœur toutes les faiblesses, toutes les passions de l'humanité, comme il est vrai, grâce à vous, monsieur, que j'en éprouve toutes les misères. Moi, j'aurais pu pardonner à mon assassin ; j'aurais pu, le poignard dans le cœur, demander sa grâce en expirant; mais jamais de pardon, mais jamais de pitié à celui qui m'a fait un supplice de toutes les heures, de tous les instans, à celui qui est venu, perfide et hypocrite, attaquer le cœur d'une femme par tout ce qu'il y a de plus persuasif, de plus sacré sur la terre, l'amour et la religion ; à celui qui , me haïssant au fond de l'ame, est venu me dire mille fois : Je t'aime, pour m 'écraser après et devant tous de cette parole glaciale : Je vous trompais, madame, je ne voulais que vous flétrir et vous perdre, je ne vous aimais pas, je ne vous ai jamais aimée.
HENRI, se levant. Ah ! dans ce moment, c'était moi-même que je trompais... oui, moi-même.. . dans ce moment, et toujours, lorsque j'ai cru jouer auprès de vous l'amour et la passion... cet amour, malgré moi, malgré tous mes efforts, prenait racine dans mon ame... cette passion, elle