‹ ThéâtreChapitre 844 sur 846 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Les Mêmes, PIEFiRE, un Guide, pierre, accourant, suivi du guide.

Unegourde, quelqu'un ! donnez-nous une gourde.

CHAMPFLEURY

Qu'est-ce qu'il y a?

PIERRE

C'est pour une nouvelle victime qu'on a retrouvée.

ALIX

Une victime retrouvée!

PIERRE

Un prodige! un vrai prodige !

ciumpfleury, donnant une gourde au guide.

Tenez!

pierre, au guide.

Cours, Bertrand! [Montrant le guide qui disparaît.) Il dit que ça sera la première fois que le gouffre du Diable aura rendu c' qu'il a pris.

ALIX

On aurait retiré de ce gouffre...

pierre.

Y parait! puisqu'on l'amène... Bertrand l'a vu de ses yeux entre deux pères du Saint-Bernard. alix, avec exaltation.

C'est notre enfant, notre Louis... (Tombant à genoux) 0 mon Dieu, tu n'avais voulu qu'éprouver le cœur d'une mère... Conduisez-moi... Elle ne peut 6e soutenir. ) Ce que le désespoir n'a pu faire, la joie va l'achever.

CHAMPFLEURT.

Elle perd connaissance.

Margerin donne dps soins à Alix. Lion , qui sort de l'hospice, est poursuivi par Mathias, qui lui crie: MATHIAS.

Veux-tu bien revenir, Lion!... Il est encore tout haletant; il n'a fait que boire et le voilà reparti. Rentre à la chambre! (Le chien, revenu d'abord caresser Malhius, lui résiste lorsqu'il veut l'em-

mener. Mathias l'entraîne de force.) Allons, soyez obéissant, Lion! a la niche! Ah! maintenant tu no sortiras plus sans ma permission. (Il ferme la porte; J.ion pendant ce temps saule, par la fenêtre, enfile un sentier et disparait par la gauche à la stupéfaction du moine. Mathias le regardant s'éloigner.. Cet animal n'a pas d'arrêt!...

Le moine disparait en avant de l'hospice.

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ALIX, MARGERIN, un Guide, DEUX MOINES, MATHIAS, PIERRE, MAUFILATRE, />uj* CHAMP- FLEURY.

un père, soutenant Maufilatre.

Reposons-nous encore.

maufilatre.

Du rhum, père, du rhum toujours!

le père, hésitant.

Mais ne craignez-vous pas...?

maufilatre.

Parce que j'ai vidé la première gourde?... c'est de la tisane d'homme de guerre ; nous le prenions le matin avec mes dragons, à même le baril, à la régalade. (Il boit.) Oh! la tête, je vous la garantis, elle est saine. (Avec un accent de souffrance.) C'est le corps... je ne le sens plus, il semble qu'il soit resté en chemin lorsque vous m'avez ramassé.

Il boit encore.

MARGERIN.

Eh bien ! Alix!

alix, rouvrant les yeux.

Ils le ramènent mon fils; n'est-ce pas, Margerin?... je vous aurai tous les deux sur mon cœur, si je dois mourir.

MARGERIN.

Tu vivras.

maufilatre, se soulevant.

Entrons, je me sens plus fort.

alix, se soulevant de son côté.

Conduis-moi! (Elle avance vers le groupe des pires. Alix et Maufilatre se trouvent face à face. Se rejetant en arrière , les yrux hagards , la poitrine oppressée, ci désignant du doigt Maufilatre quelque temps avant de parler.) Ah! Maufilatre! tiens, c'est lui, lui, le meurtrier de notre enfant. Yenge-nou».

MARGERIN.

Lui, toujours lui! partout!

Il arrache le Lâton des mains d'un guide et le lève sur Sa lête de Maufilatre, qui fait un effort pour se desser et présente audacieusement le front.

MAUFILATRE.

Arrière, beau sire encapuchonné, la main qui se lève sur un gentilhomme tombe sous la hache. champflelt.y se jette entre deux pendant que le guide a retenu le bras levé de Margerin.

Que vas-tu faire, ami?

MARGERIN.

Laisse-moi.

CHAMPFLEURT.

N'enlève pas le criminel à la justice des hommes;

MAGASIN THEATRAL

c'est pour y satisfaire que la justice du ciel l'amène ici.

maufilatre, avec dédain.

La justice des hommes, je la connais; la justice du ciel... je suis sorti du précipice; (se tournant vers Champfleury ) et si j'avais là des dragons sous la main, mon drôle, ce serait une justice plus réelle qui te ferait pendre, et à la minute.

MARGERIN.

Encore des menaces, quand il devrait frémir sous l'horrible accusation d'une malheureuse mère!

MAUFILATRE.

Demande-lui donc un peu qui de nous deux a commencé la lutte.

ALIX

Ah 1 que je vive mon Dieu ! le temps d'aller aux pieds du roi, il sera juge.

MAUFILATRE.

Quelqu'un de plus puissant que lui m'absoudra bientôt, fous que vous êtes, et ne vous laissera qu'un cadavre en cause; c'est le trépas : je le sens, il arrive et me prendra debout, je l'espère, comme il convient à tout brave gentilhomme.

ALIX

0 mon père, si tu pouvais revivre et l'entendre, voudrais-tu l'honorer de ce titre de gentilhomme qu'il ose se donner cucore?

maufilatre, désignant Margerin.

Qu'il m'accuse, lui, qu'il m'injurie, qu'il me tue, je le comprends; son audace le relève à mes yeux, nous étions rivaux, il t'aimait; il a fait son métier d'homme ; mais toi, duchesse Alix, voyons, ton devoir de femme l'as-tu fait, pour m'accuser ainsi? et dis-moi, la main sur la conscience, mes crimes, si tu veux que cela s'appelle ainsi, mes crimes ne sont-ils pas un peu les tiens?

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