PIERROT, LE DOCTEUR
LE DOCTEUR
Vous êtes encor là?
PIERROT
.Mais à CS qu’il parait.
LE DOCTEUR
Vous sembliez tantôt prendre un vif intérêt A l’ami pour lequel vous consultiez...
Sans doute :
Avec ses dents j’ai fait sauter plus d’une croûte*
PIERROT POSTHUME
F.t lo vin que je bois passe à travers son cou; Comme vous l’avez dit, il me touche beaucoup.
LE DOCTEDR.
C’était vous, cet ami !
PIERROT
Je n’en eus jamais d’autre.
LE DOCTEUR
Pauvre monsieur Pierrot, quel malheur est le vôtre ! Je vous plains; être mort de la sorte, c’est dur.
PIERROT
De mon trépas, docteur, vous êtes donc bien sûr?
LE DOCTEUR à pari.
Est-il bête!
Ilaiil.
J’en ai la triste certitude, l’ai de semblables cas fait une longue étude.
Elles pendus jamais n’ont bien longtemps vécu.
Mais, pour que \ous soyez pleinement convaincu,
Je vais vous disséquer...
PIERROT
Non, non...
LE DOCTEUR
Afin qu’on voie.
La pléthore du cœur, l’engorgement du foie,
La dislocation des muscles cervicaux,
Et la congestion des lobes cérébraux.
PIERROT
Je veux bien être mort, mais pas d’anatomie !
LE DOCTEUR
Comment expliquez-vous cette face blémie !
Ce nez cadavérique et cet œil sépulcral ^
Vous êtes un vrai spectre!
PIERROT
Ab ! je me sens plus mal.
La strangulation pousse à l’apoplexie,
Et de l’apoplexie à la catalepsie Il n’est qu’un pas.
PIERROT
Cessez ce discours inhumain.
LE DOCTEUR
De la catalepsie à la mort, le chemin
Est plus court. Cecbemin,vous l’avez fait, jeune liomme.
PIERROT
Grands dieux ! soutenez-moi, je tombe.
LE DOCTEUR
litre .symptôme!
Les morls sentent mauvais... Vous ne sentez pas bon.
PIERROT. 11 sent son liras.
C’est vrai, je m’empoisonne.
LE DOCTEUR, à part.
On n’est pas plus oison'
PIERROT POSTIIliME.
PIEnROT.
A cet affreux état savez-vous un remède?
LE DOCTEUR
Peut-être; la nature opère quand on l’aide, Des miracles...
PIERROT
Eh bien, qu’elle en fasse un pourmoi !
LE DOCTEUR
Les miracles sont chers et veulent de la foi.
PIERROT
J’ai la foi.
LE DOCTEUR
Mais l’argent ?
PIERROT
A travers mes désastres.
Dans ma ceinture en cuir j’ai sauvé quelques piastres.
Montrez.
Voilà.
LE DOCTEUR
PIERROT
C’est peu... Donner mon élixir.
Que ne pourraient payer les trésors d’un vizir. Mon élixir divin, pour une ou deux poignées De monnaie exotique et de piastres rognées.
C’est un marché de dupe...
PIERROT
Hélas ! J’ai bien encor Dans mon bouton, cousue, une pistolc d’or.
LE DOCTEUR
Bon ! gracieusement déployez la pistole D’une main, et de l’autre empoignez cette fiole.
C’est la vie en lîouteille, et, quand vous la boirez. Fussiez-vous plein de vers, vous ressusciterez.
Il sort.