‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 81 sur 210 · PIERROT, LE DOCTEUR · texte numérisé non relu

PIERROT, LE DOCTEUR

LE DOCTEUR

Vous êtes encor là?

PIERROT

.Mais à CS qu’il parait.

LE DOCTEUR

Vous sembliez tantôt prendre un vif intérêt A l’ami pour lequel vous consultiez...

Sans doute :

Avec ses dents j’ai fait sauter plus d’une croûte*

PIERROT POSTHUME

F.t lo vin que je bois passe à travers son cou; Comme vous l’avez dit, il me touche beaucoup.

LE DOCTEDR.

C’était vous, cet ami !

PIERROT

Je n’en eus jamais d’autre.

LE DOCTEUR

Pauvre monsieur Pierrot, quel malheur est le vôtre ! Je vous plains; être mort de la sorte, c’est dur.

PIERROT

De mon trépas, docteur, vous êtes donc bien sûr?

LE DOCTEUR à pari.

Est-il bête!

Ilaiil.

J’en ai la triste certitude, l’ai de semblables cas fait une longue étude.

Elles pendus jamais n’ont bien longtemps vécu.

Mais, pour que \ous soyez pleinement convaincu,

Je vais vous disséquer...

PIERROT

Non, non...

LE DOCTEUR

Afin qu’on voie.

La pléthore du cœur, l’engorgement du foie,

La dislocation des muscles cervicaux,

Et la congestion des lobes cérébraux.

PIERROT

Je veux bien être mort, mais pas d’anatomie !

LE DOCTEUR

Comment expliquez-vous cette face blémie !

Ce nez cadavérique et cet œil sépulcral ^

Vous êtes un vrai spectre!

PIERROT

Ab ! je me sens plus mal.

La strangulation pousse à l’apoplexie,

Et de l’apoplexie à la catalepsie Il n’est qu’un pas.

PIERROT

Cessez ce discours inhumain.

LE DOCTEUR

De la catalepsie à la mort, le chemin

Est plus court. Cecbemin,vous l’avez fait, jeune liomme.

PIERROT

Grands dieux ! soutenez-moi, je tombe.

LE DOCTEUR

litre .symptôme!

Les morls sentent mauvais... Vous ne sentez pas bon.

PIERROT. 11 sent son liras.

C’est vrai, je m’empoisonne.

LE DOCTEUR, à part.

On n’est pas plus oison'

PIERROT POSTIIliME.

PIEnROT.

A cet affreux état savez-vous un remède?

LE DOCTEUR

Peut-être; la nature opère quand on l’aide, Des miracles...

PIERROT

Eh bien, qu’elle en fasse un pourmoi !

LE DOCTEUR

Les miracles sont chers et veulent de la foi.

PIERROT

J’ai la foi.

LE DOCTEUR

Mais l’argent ?

PIERROT

A travers mes désastres.

Dans ma ceinture en cuir j’ai sauvé quelques piastres.

Montrez.

Voilà.

LE DOCTEUR

PIERROT

C’est peu... Donner mon élixir.

Que ne pourraient payer les trésors d’un vizir. Mon élixir divin, pour une ou deux poignées De monnaie exotique et de piastres rognées.

C’est un marché de dupe...

PIERROT

Hélas ! J’ai bien encor Dans mon bouton, cousue, une pistolc d’or.

LE DOCTEUR

Bon ! gracieusement déployez la pistole D’une main, et de l’autre empoignez cette fiole.

C’est la vie en lîouteille, et, quand vous la boirez. Fussiez-vous plein de vers, vous ressusciterez.

Il sort.

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