UNE RUE
SATÀNAS, en marcliaiul.
Mes belles demoiselles, daignez jeter les yeux sur ma boutique; elle est on ne peut mieux fournie. Voulez-vous des rubans, du point de Venise, du satin du Levant, des miroirs de poche en pur cristal? voulezvous du lait virginal, de l'essence de roses? Celle-ci est véritable, elle vient de Constantinople directement ; c'est un renégat qui me l'a vendue.
BLANGHEFLOR.
Nous verrons en revenant de la messe.
MIZAEL , qui la regarde d'en haut.
Bien répondu, Blancheflor.
SATANAS
Ceci dérange mes projets; il faut qu'elles manquent la messe : cela me donnera prise sur elles.
ALIX
Je n*ac||èterai rien à ce marchand; je lui trouve quelque chose de faux dans la physionomie.
SATANAS, un peu plus loin; en jongleur.
La coquetterie a manqué son effet, essayons de la curiosité ; c'est par ce moyen qu'autrefois je suis venu à bout d'Eve la blonde. Mesdames et messieurs, entrez,, entrez, entrez; c'est ici et non autre part que l'on trouve véritablement les sept merveilles de la nature. Pour un pauvre sol marqué, vous verrez autant de bêtes étranges que n*en vit onc Marc-Pol en ses voyages, telles qu'oriflants, caprimulges, coquesigrues, cigales feri-^s, oiseaux bridés, caméléons, basilics, dragons volants, singes verts, licornes, ânes savants et autres, tout ainsi qu'ils sont portraits sur la pancarte ci-contre. Entrez, entrez, entrez.
BLANCHEFLOR.
Cela doit être bien curieux !
ALIX
Ne nous arrêtons pas ; tout le monde est déjà entr j dans l'église.
SATAN AS
Les fièvres quartes te sautent à la gorge ! Elle commençait de mordre à l'hameçon. Changeons nos batteries.
AZREL, an paradis.
Brava! Alix, brava!
SATAN AS , en jeune seigneur.
Corbaocho! je n*ai jamais vu deux si charmantes demoiselles ; elles valent à elles deux les trois Charités et ensemble madame Cythérée, la mère des amours.* Mesdemoiselles, cette rue est pleine de ribauds et de croquants; daignez accepter mon bras; Ton pourrait vous affronter.
BLÂNCHEFLOR.
Il n'est pas besoin, et ne prenez tant de souci; nous voici au portail de Téglise.