SCÈNE III
Une musique délicieuse se fait entendre. Des jeunes filles apparaissent, portant sur leur tète des vases remplis d'eau ; elles sont vêtues très-simplement; une longue pièce d'étoffe blanche tournée autour du corps, faisant écharpe et fixée à la ceinture par un cercle de métal les enveloppe. Les bouts retombant forment jnpon. Elles ont des colliers et des bracelets de fleurs. Derrière leurs oreilles pendent, en manière de boucles d'oreilles, des fleurs de sivichà passées dans un fil rpii descend jusqu'à la poitrine. {)ucl(|nes-unes ont, en outre, un mnnteaii {n'uffi de jonc dont elles se débarrassent en entrant en scène. Au milieu d'elles, entre ses deux amies Anousouya et l'rijamwada, s'avance Sacounlalà tenant à la main un arrosoir.
SACUUNTALA. 585
En entendant venir les jeunes filles, Douchmanta s'est relcvu lentement et, pour les observer plus à son aise, il s'est caché derrière les arbres. Sacountalà, dont les jeunes filles remplissent l'arrosoir, s'approche d'un malica (arbre indien) qu'elle arrose; puis elle va à une autre plante. Le roi caché aimire les poses gracieuses de Sacountalà et les soins affectueux qu'elle prodigue aux fleurs sacrées.
— Un peu fatiguée, la jeune fille prie sa compagne de dénouer l'écharpe qui la serre et elle continue son travail, débarrassée de ses voiles et plus séduisante encore.
Les autres femmes redressent la tige des plantes, cueillent des fleurs et sèment des graines pour la nourriture des antilopes et des oiseaux qui habitent le bois sacré, sous la protection des ermites.
A l'aspect d'une tige de Madhâvi toute couverte de fleurs, quoique ce ne soit pas la saison, Priyamwada et Aneusouya témoignent une surprise joyeuse, font voir la plante à Sacountalà et en tirent l'dfegurc de son prochain mariage. Sacountalà rougit de cette allusion et détourne avec pudeur les plaisanteries de ses compagnes.
Dans sa cachette, le roi Douchmanta semble croire au présage et affirmer que les compagnes de Sacountalà pourraient bien avoir raison.
Du calice d'une des fleurs de Madhàvi, s'élance une abeille qui poursuit Sacountalà comme si elle la prenait pour une autre fleur. Elle vole autour d'elle et cherche sa bouche comme pour y puiser du miel. Les compagnes de Sacountalà lâchent d'éloigner l'insecte que la jeune fille essaye d'abattre. Douchmanta, qui a observé ce manège, se montre subitement et parvient à chasser l'audacieuse abeille.
Etonnement des jeunes filles à l'aspect de ce beau jeune homme inconnu dont les traits nobles, bien qu'il ait dépouillé les insignes royaux, indiquent une haute origine. Sacountalà éinue croise ses mains sur sa poitrine et reste dans une sorte de stupeur au milieu du th'àtre. l'riyamvada et Anousouya, moins \ivemcnt impressionni'cs, conduisent Douchmanta à un banc rustique tapissé de scptaparna (mousse indienne), en le priant de s'y reposer. On ap; orle au roi des corbeilles de fleurs cl de fruits, une coupe pour boire et l'on va puiser de l'eau à l'étang sacré, afin de lui laver les pieds ainsi que les devoirs de l'hospitalilé l'exi^jent.
Le roi, pendant qu'on lui rend tous ces soins, ne cesse de fixer sur Sacounlalà des regards enflammés d'admiration et de désir.
Anousouya et Priyamwada se demandent entre elles qui peut être cet inconnu aux façons douces et majestueuses. Anousouya s'approche du roi et le questionne timidement à ce sujet. Douclimanla répond qu'il est un jeune homme hrahmatchari (élève brahme), qui désire se livrer à l'étude de la sagesse et des védas (livres saints) sous la direction des ermites. Douclimanla fait cette réponse parce que les jeunes filles ne lont pas vu avec son cortège royal. Le roi à son tour interroge Anousouya sur Sacounlalà, qui se rapproche curieusement du groupe. La jeune fille raconte que sa compagne est fille d'un saint personnage nommé Causica et de la nymphe Menaça. Abandonnée à sa naissance, elle a été recueillie et élevée par le sage Canoua et sa beauté témoigne suffisamment de son origine céleste.
Douchmanla s'avance vers Sacountalà qui fait mine de se retirer, mais l'riyamwada dit à sa compagne qu'elle n'a pas terminé sa besogne et qu'il reste bien des Heurs encore à arroser. Sacounlalà reprend l'arrosoir et verse lentement de l'eau sur diverses planles. Le roi s'approche d'elle et semble vouloir la soulager dans ses travaux. Elle s'y oppose avec modestie.
Toutes les fleurs sont orrosées. Les jeunes filles se reliront une à une. Priyamwada et Anousouya qui jugent que l'entrevue s'est assez prolongée, cherchent à entraîner Sacountalà.' La jeune fille feint pour rester plus longtemps d'avoir accroché sa robe à un arbuste épineux. Douchmanla la dégage, la serre sur son cœur comme ivre d'amour. Pendant cette scène, des bruits de voix et d'instruments ont résonné derrière le théâtre.
SCÈNK IV
La suite du roi, inquiète de son absence prolongée, le clicrcliii dans la forêt sacrée, effrayant les animaux habitués à la solitude. liCs cdurlisans, les gardes et les chasseurs arrivent sur la scène. Un éléphant furieux ravage la forêt, Douchmanla seul peut rabattre. Le roi remoîilc tuv son ciiar eu faisant signe aux jeunes lillcs qu'il reviendra.
SACOUISTALA. 587