SCÈNE VI
Le roi désire être seul et ordonne à la reine IIain?ati de rentrer dans son kiosque avec ses femmes. .Aladhavya le bouffon s'accrou[iit sur les marches du trône avec une posture de singe voyant que son maître ne le renvoie pas. Il est curieux de voir comment tournera l'aventure. Douchmanta a mis l'anneau à son doigt, il le regarde, en fait cliatoyer le chaton, réfléchit, passe ses mains sur sou front comme pour le dégager d'une oppression i>éni!ile. On dirait (|ue la raison lui revient par lueurs et qu'il sendjle entrevoir coufusémt nt quelque, souvenir, mais ses réminiscences sont trop vagues encore.
elles ne font qu'apparaître et s'enfuir. Il a besoin de les fixer. — Il frappe des mains à la mode orientale et aussitôt accourt une jeune fille à laquelle il demande des crayons et des couleurs. Quand il a ce qu'il lui faut, il s'approche du mur blanc du kiosque dont la paroi unie offre un champ propre à dessiner et il commence une esquisse qui peu à peu prend la fij;Hre de Sacounlalà dans la scène de l'abeille. A chaque coup de crayon la mémoire lui revient de plus en plus lucide et lui fournil de nouveaux détails. Il se rappelle maintenant tout ce qui s'est passé dans le bois sacré et il reste en contemplation amoureuse devant son œuvre. En vain la reiue Hamsali, qui Tobsene du haut de son balcon, lui envoie-t-elle son portrait peint par un des plus habiles artistes de l'Inde pour contrebalancer l'effut du portrait de Sacountalà tracé avec la mémoire du cœur plus encore qu'avec celle de l'esprit ; un rayon soudain traverse le cerveau de Douchmanta, l'obscurité qui l'environnail se dissipe, car le vindicatif ermite s'est relire sachant que l'anneau retrouvé suspend son influence sur Douchmanta. Il lui faudra se contenter de la mort de Sacountalà pour loule vengt ance. Le roi, redevenu possesseur de sa raison, écrit au bas de l'esquisse : r Sacounlalà! »
Mais par Brahma, VN'ichnou el Shiva! ne vient-elle pas d'être livrée au supplice, brûlée par les flammes, mangée par les caïmans; elle est morte! elle e4 morte! la féroce Ilamsati l'a remise ellemême aux bourreaux. Madhavya fait descendre la reine.
Ilamsati arrive tremblante el s'agenouillant la tête baissée ; le roi la secoue avec violence et lui reproche sa jalousie, sa cruauté ; il lire son cimeterre et fait mine de la tuer, les femmes de la reine se précipitent éplorées et entourent Douchmanta qui rengaine son sabre. — Celle qui a fait périr Sacounlalà n'cït pas digne de • périr par ma main, elle appartient aux tourmeutcurs qui sauront tiouver des sujiplices dignes d'elle. Les nègres qui ont entraîné Sacountah'i s'avancent pour saisir Ilamsati qui tremble d'épouvante tt lève les mains au ciel d'où seulement peut lui tonil)er sa grâce, car les yeux fixes de Douchmanta expriment une volonté implacable.