LES MÊMES, ISABELLE
ISABELLE
Tiens, monsieur Veauchenu! Eh bien, merci! Si je m'attendais! Comment allez-vous, monsieur Veauchenu? Vous ne me reconnaissez pas?
. VEAUCHENU.
Non, mademoiselle.
ISABELLE
Je suis la petite ouvrière en journée qui venait chez madame votre fille... Isabelle.
VEAUCHENU.
Ah ! oui, oui, je me souviens!
ISABELLE
Ah! monsieur Veauchenu! Comme je suis contente de vous voir! Vous allez bien prendre quelque chose avec moi?
VEAUCHENU.
C'est que j'ai un comité... Je vous dirai qu’on ne
me voit pas trop souvent au café. Je suis venu aujour-
d'hui parce que j'avais un peu d'avance et que je n'avais pas pris mon café chez moi.
ISABELLE
Un comité de quoi, monsieur Veauchenu?
Un comité d'encouragement au travail, mon enfant.
ISABELLE
Oh bien ! il n’a qu’à attendre, votre comité! Je serais si contente de vous offrir quelque chose! Mais ça vous déplaît, sans doute, de vous attabler avec moi?
VEAUCHENU, poli.
Pas du tout, mon enfant. Si je n'étais pas pressé..
ISABELLE
Restez tout de même un instant.
VEAUCHENU.
Alors c’est moi qui veux vous offrir.
ISABELLE
C'est vous qui commencerez, je paierai la deuxième tournée... Asseyez-vous 1là, monsieur Veauchenu..
Elle s’assoit contre le mur à une table au premier plan à gauche.
VEAUCHENU, après une hésitation.
Enfin!... (11 s’assoit en face d'elle.) Qu'est-ce que vous faites, maintenant, mon enfant?
ISABELLE
Oh! comme il dit ça sévèrement! Oh! mais vous n'êtes pas rigolo quand vous dites ça, monsieur
Veauchenu! Mais je travaille! Je crois bien que je travaille!
VEAUCHENU.
Vous ne travaillez pas tout le temps?
ISABELLE
Souvent! Quelquefois, bien entendu, je viens au café pour voir des amis... avec qui je fais une partie et qui m'emmènent au théâtre.
VEAUCHENU.
Enfin la vie que vous menez n'est pas des plus régulières ?
ISABELLE
Mais qu'est-ce qu'il vous faut, monsieur Veauchenu? Je vous assure que je mène une vie très régulière... à part que je fais la fête, mais c’est toujours avec des amis, et jamais avec des personnes que je ne connais pas... sauf, bien entendu, si je rencontre un type qui me plait, qui me fait de l’œil. Mais du moment qu'il me plaît, eh bien, c’est un amil
VEAUCHENU.
Enfin, je vois... (Un temps.) Ah! que ça me fait de Îla peine ce que vous me dites!
ISABELLE
Pourquoi ça, monsieur Veauchenu ?
VEAUCHENU.
Parce que j'aurais mieux aimé vous voir travailler que faire ainsi la fête... Vous ne savez pas où ça vous entraînera... La vie de travail, voyez-vous, c’est la plus sûre, et, au fond, quand on s’y habitue, c’est la plus gaie et la plus tranquille.
ISABELLE
Est-ce que vous jouez au jacquet, monsieur Veau-
chenu?
VEAUCHENU, hausse les épaules.
Évidemment, je sais jouer au jacquet. Mais ce n’est pas là la question. (Hochant la tête.) Jadis, vous gagniez votre vie si gentiment, pendant que vous étiez ouvrière en Journée.
ISABELLE
Nous allons prendre le jacquet.. parce que d'ici qu’Albert arrive...
Elle prend un jeu de jacquet derrière elle, près de la fenêtre.
VEAUCHENU.
Mais vous savez, je ne vais pas pouvoir jouer.
ISABELLE
Mais si, mais sil Une petite partiel (Appelant.) Albert!
LA CAISSIÈRE
Il va venir.
ISABELLE
C’est le garçon d'ici. Un numéro pas ordinaire! Nous allons lui faire raconter son histoire... (Appelant.)
Albert!
LA CAISSIÈRE
Eh bien, Albert! Voyons! (Albert entre.) Ce n’est pas malheureux ! Où étiez-vous donc, Albert?