SCÈNE V
LES MÈMES moins EDWIGE, BIGREDON, puis YVONNE.
BIGREDON, à Albert
Où est votre patron?
ALBERT
Il n’est pas là!
ee —
BIGREDON.
Allez donc le chercher. J’ai quelque chose à lui dire.
ALBERT
Je m'en vais à la cave. Il est à la cave. (A la caissière.)
Je vais chercher le patron. Dites donc, est-ce que ça ne fait pas de mal, un verre de vin après un bock?
LA CAISSIÈRE
Ça ne doit pas être très bon.
ALBERT
Je vais toujours essayer... Si le premier ne passe
pas, je le pousserai avec un deuxième. (Entre Yvonne, de
droite, premier plan. Albert, à la caissière.) Ah! voilà la princesse de la limonade qui vient vous remplacer.
YVONNE, à Albert.
Je viens de passer par la cuisine. Le déjeuner est encore là. Vous avez déjeuné il y a une demi-heure, et vous ne vous donnez pas la peine d'enlever votre couvert.
ALBERT
Je vais l’enlever, mademoiselle. (A part.) Il faut toujours qu’elle m'humilie!... (A lui-même.) Je m'en fous! Je m'en fous! (Changeant de ton.) Est-ce que je m’en fous
tant que ça!
Il sort.
VEAUCHENU, à Isabelle.
Dites donc, ce monsieur qui est là-bas, il me semble que je le connais.
ISABELLE
Non, vous ne le connaissez pas. Vous avez de meilleures connaissances!
VEAUCHENU.
Qu'est-ce qu'il a fait!
ISABELLE
On n’en sait rien. mais c'est un homme qui est dans toutes sortes d’affaires louches et dans des combinaisons extraordinaires.
VEAUCHENU.
Ça ne lui a pas réussi? Ça prouve qu'il n’y a rien de tel que l’honnêteté.
£ ISABELLE
Oui. Mais à côté de ça, vous verrez des gens honnêtes qui réussissent et d’autres qui ne réussissent pas
VEAUCHENU.
À côté de ça, vous verrez des crapules qui ne font pas leurs affaires et d’autres qui les font parfaitement.
ISABELLE
Alors?
VEAUCHENU.
Eh bien, oui!
Ils boivent. Pendant ce temps, la caissière s'en va et la jeune fille la remplace au comptoir.
ISABELLE, à Veauchenu.
Tenez, voilà le patron de l'établissement.