‹ ThéâtreChapitre 57 sur 250 · SCÈNE II MADAME EDMOND, HENRI · texte numérisé non relu

SCÈNE II MADAME EDMOND, HENRI

MADAME EDMOND

Nous allons encore continuer comme ces jours-ci.. Je vous avais dit que je vous emploierais aux achats d’étoffes, puisque vous êtes dessinateur et que vous avez conséquemment le goût des jolis motifs. Mais, vous resterez encore deux ou trois jours à la vente. car, plus vous vous rendrez compte du goût de la clientèle, mieux ça vaudra. C’est certainement intéressant de choisir de belles choses à son idée, mais il faut entrer un peu dans les idées du monde et voir ce qui leur plait... (Avec mépris.) Ce qui leur plait! Ils ont quelquefois des goûts! Enfin il n’est pas mauvais de les connaître. C’est, en tout cas, une excellente indication, pour une personne comme vous, qui êtes appelé à vous occuper des achats. Je crois que vous arriverez à vous en tirer. La seule chose qui me chiffonne, c’est que vous ayez l'air aussi triste.

HENRI, tristement.

Je n'ai pas l’air triste, madame.

MADAME EDMOND

Vous n'avez pas l'air gai. Pour la clientèle, il ne faut pas avoir l’air triste comme ça. Moi qui vous parle, avec eux, j'ai l’air de bonne humeur, mais, si je n’écoutais que mon estomac, je serais plutôt maussade et tout ce qu'il y a de plus crin. Souvent je souris au monde quand je voudrais les envoyer à tous les diables. Et j'ai l'air de m'intéresser à toutes leurs histoires.

HENRI

Je vais tâcher d’avoir l’air plus gai.

MADAME EDMOND

Je sais bien que ça n’a pas une grande importance, puisque vous n'êtes pas pour rester à la vente. Quand je vous emploierai comme acheteur, il ne sera pas mauvais d’avoir cet air triste et dégouté comme en ce moment... (Elle écrit quelques mots sur son carnet et fait un geste pour sortir.) Je vais jusqu’à la manutention. Je serai de retour dans quelques instants.

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