SCÈNE PREMIÈRE. — Marion, L.ufemas
Tous deux paraissent en racrae temps dans le préau, Marion entre par la grande porte, Laffemas par le fond. Laffemas marche à pas lents. Marion, en blanc, voilée, traverse rapidement le théâtre et court frapper au guichet de la petite porte. Le guichet s'ouvre. Parait le guichetier.
MARION, montrant un parchemin au guichetier.
Ordre du roi.
La scène se poursuit, conforme au texte publié, jusqu'aux vers dits par Marion, indiqués dans l'édition de 1836 et jugés en 1831 trop audacieux. Rétablissons ici ceux qui les précédaient et qui leur restituent leur véritable physionomie :
MARION
Oh! va- t'en !
LAFFEMAS
Est-ce là le dernier mot?
Infâme !
LAFFEMAS
Quel .abîme profond qu'un caprice de femme! Vous étiez autrefois humaine .\ moindre prix. Maintenant, votre amant dans nos griffes est pris, Vous pouvez le sauver, c'est votre imique envie. Et vous ne voulez pas! — Pour une heure, une vie! C'est bien paye pourtant!
LE MANUSCRIT DE MAKION DE LOKME. 169
MARION
Oh ! j'ai fait un grand pas !
Ecoute... Mais non, toi, tu ne comprendrais pas!
Elle se tourne vers la prison, les mains jointes. Même pour te sauver, redevenir infâme. . .'•'.
A partir du moment où Marion consent, Laffemas faisait ces restrictions :.
LAFFEMAS
Si. . . vous vouliez. . . — Alors je puis faire garder La brèche qu'on fera pour c]ue monseigneur entre Par des hommes à moi...
MARION
Tire-les de cet antre.
Et fais ce que tu veux ! Je te suis !
LAFFEMAS
Un instant!
Quoi t
Je ne savais pas me compromettre tant.
Après tout, je ne sais où ma bonté m'entraîne. Et si dans tout cela le plaisir vaut la peine!
MARION
Misérable !
LAFFEMAS
Moins haut! On vous entend crier.
MARION
Vcux-tu de moi, réponds!
Se tordant les bras.
En être à le prier!
LAFFEMAS
Je puis être cassé. . .
MARION, tombant à genoux.
Prends mon corps ! prends mon âme !
L'enfer, et qu'il se sauve !
'" Voir page 146.
I/o MARION DE LORME.
LAFFEMAS
Allons! Venez, madame.
II sort par h grande porte, à droite.
MARION, à genoux.
O Didier !
Elle se lève, et le suit. Entrent des ouvriers, la pioche et la pelle sur le dos.