‹ ThéâtreChapitre 4 sur 314 · ACTE I. — LE RENDEZ-VOUS · texte numérisé non relu

ACTE I. — LE RENDEZ-VOUS

Riant plus fort.

Leloup!

SAVERNY

Mais en vous attendant Il a votre portrait, et fait mainte élégie.

MARION

Oui, voilà bien deux ans qu'il m'aime en effigie.

SAVERNY

Ah! qu'il aimerait mieux vous brûler! — Çà, vraiment, Peut-on fuir tant d'amis ?

MARION, sérieuse et baissant les yeux.

Marquis, précisément.

Ce sont, à parler franc, les causes de ma fuite. Tous ces brillants péchés qui, jeune, m'ont séduite. N'ont laissé dans mon cœur que regrets trop souvent. Je viens dans la retraite, et peut-être au couvent. Expier une vie impure et débauchée.

SAVERNY

Gageons qu'une amourette est là-dessous cachée!

Vous croiriez. . .

Que jamais ensemble on ne dut voir Un voile et tant d'éclairs sous les cils d'un œil noir! C'est impossible. — Allons! vous aimez en province! Clore un si beau roman d'un dénoûment si mince!

MARION

Il n'en est rien.

SAVERNY

Gageons.

MARION

Rose, quelle heure est-il.^

DAME ROSE, du dehors.

Minuit bientôt.

l6 MARION DE LORME.

MARION, à part.

Minuit!

SAVERNY

Le détour est subtil Pour dire : allez-vous-en.

MARION

Je vis fort retirée. . .

Ne recevant personne et de tous ignorée. . . Puis, il vous peut si tard arriver des malheurs... Cette rue est déserte et pleine de voleurs.

Soit : je serai volé.

MARION

Parfois on assassine!

SAVERNY

On m'assassinera.

MARION

Mais. . .

SAVERNY

Vous êtes divine!

Mais avant de partir je veux savoir de vous Quel est l'heureux berger qui nous succède à tous.

MARION

Personne.

SAVERNY

Je tiendrai secrètes vos paroles.

Nous autres gens de cour, on nous croit têtes folles. Médisants, curieux, indiscrets, brouillons : mais Nous bavardons toujours et ne parlons jamais. — Vous vous taisez ?. . .

Il s'assied.

Je reste.

J'aime, et j'attends quelqu'un!

MARION

Eh bien oui, que m'importe!

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